MOI

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Je m' appelle Christine

J' ai 16 ans (le 17 août)

Mon adresse msn est christine-billen@hotmail.com

Ma passion c' est LES 4 LIVRES DE Stéphanie Mayer et LES FILMS

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MERCI D AVANCE CHRISTINE

PS: >>>>mon adresse msn : >>> christine-billen@hotmail.com

les nouvelle photo son a la fin !!!!

Venez vite

UNE VISITE , UN COM SVP

# Posté le vendredi 05 juin 2009 16:44

Modifié le mardi 23 juin 2009 18:15

j ai UNE QUESTION




J' ai pas mal de photos, mais je ne sait pas si je dois l es metre toute , vous le voulez ou pas ?



(Ce sont des photos de tous les acteurs)



# Posté le dimanche 14 juin 2009 17:29

Midnight Sun : Premier chapitre

Midnight Sun : Premier chapitre
PREMIèRE RENCONTRE

C'était le moment de la journée où je regrettais de ne pouvoir dormir.
Le lycée.
Où était-ce purgatoire le bon mot? S'il y avait un quelconque moyen de racheter mes péchés, ceci devait être pris en compte, en quelques sortes. L'ennui n'était pas quelque chose à laquelle je m'habituais; chaque jour paraissait incroyablement plus monotone que le précédent.
Je suppose que c'était ma forme de sommeil, si le sommeil était défini comme un état inerte entre deux périodes actives.
Je fixai les fissures qui parcouraient le plâtre dans le coin éloigné de la cafétéria, imaginant des motifs qui n'existaient pas. C'était une manière de faire la sourde oreille aux voix qui formaient un brouhaha, comme le flot d'une rivière, dans ma tête.
J'ignorai plusieurs centaines de ces voix par pur ennui.
En ce qui concernait l'esprit humain, j'avais déjà tout entendu. Aujourd'hui, toutes les pensées étaient en proie à l'insignifiant drame d'un nouvel ajout au petit corps étudiant d'ici. Ça prit si peu de temps de leur prendre des informations. J'avais vu le nouveau visage répété pensée après pensée dans tous les angles. Juste une humaine ordinaire. L'excitation sur son arrivée était péniblement prévisible, comme faire miroiter un objet brillant à un enfant. La moitié des mâles se comportant comme des moutons s'imaginaient déjà amoureux d'elle, simplement parce qu'elle était quelque chose de nouveau à regarder. J'essayai encore plus de faire la sourde oreille.
Il y avait seulement quatre voix que je bloquais plus par courtoisie que par dégoût: ma famille, mes deux frères et mes deux s½urs, qui étaient tellement habitués au manque d'intimité en ma présence qu'ils y pensaient rarement. Je leur donnais l'intimité que je pouvais. J'essayais de ne pas écouter si je le pouvais.
J'essayais comme je pouvais, toutefois... je savais.
Rosalie pensait, comme d'habitude, à elle-même. Elle regardait son reflet dans les lunettes de quelqu'un, et elle réfléchissait à sa propre perfection. L'esprit de Rosalie était un bassin peu profond avec quelques surprises.
Emmett fulminait à propos d'un combat de catch qu'il avait perdu contre Jasper pendant la nuit. Cela prendrait toute sa patience limitée pour attendre la fin de la journée pour prendre une revanche. Je ne me suis jamais vraiment senti comme un intrus dans les pensées d'Emmett, parce qu'il ne pense jamais une chose qu'il ne dirait tout haut où qu'il ne ferait pas. Peut-être que je me sentais coupable de lire dans les esprits des autres parce que je savais qu'il y avait des choses qu'ils ne voulaient pas que je sache. Autant l'esprit de Rosalie était un bassin peu profond, celui d'Emmett était un lac sans ombre, l'eau claire comme du verre.
Et Jasper...souffrait. Je réprimai un soupir.
Edward. Alice m'appela dans sa tête, et elle avait immédiatement mon attention.
C'était exactement la même chose que d'entendre mon nom à voix haute. J'étais heureux que mon prénom ne fut plus à la mode, ça aurait été ennuyeux; à chaque fois que quelqu'un penserait à un Edward, ma tête tournerait automatiquement.
Ma tête ne bougea pas. Alice et moi étions bons pour ces conversations privées. Il était rare que quelqu'un nous surprenne. Je gardai mon regard fixé sur les lignes du plâtre.
Comment va-t-il? Me demanda-t-elle.
Je grimaçai, juste une petite altération au coin de ma bouche. Rien qui n'attirerait l'attention des autres. Je pourrais facilement grimacer d'ennui.
Les sonorités de la voix mentale d'Alice étaient à présent inquiètes, et je vis dans son esprit qu'elle regardait Jasper de côté. Y'a-t-il un danger? Elle commença à chercher dans le futur immédiat, survolant des visions de monotonie pour la source qui se cachait derrière ma grimace.
Je tournai lentement la tête vers la gauche, comme pour regarder les briques du mur, soupirai, puis vers la droite, revenant aux fissures du plafond. Seule Alice savait que je secouai la tête.
Elle se détendit. Fais-le-moi savoir s'il va trop mal.
Je bougeai simplement mes yeux, vers le plafond, puis les rebaissai.
Merci de faire ça.
J'étais heureux de ne pas pouvoir répondre. Qu'aurais-je dit? 'Ça me fait plaisir'? Ce n'était pas vraiment le cas. Je n'appréciai pas d'entendre Jasper lutter. Etait-ce que vraiment nécessaire de faire une telle expérience? Le chemin le plus sûr ne serait pas de simplement admettre qu'il ne pourra peut-être jamais être capable de manipuler sa soif comme nous autres pouvons le faire, et ne pas pousser ses limites? Pourquoi flirter avec le désastre?
Cela faisait deux semaines depuis notre dernier voyage de chasse. Ce n'était pas une période très difficile à passer pour le reste d'entre nous. Un peu incommode occasionnellement, si un humain marchait trop près, si le vent soufflait dans le mauvais sens. Mais les humains marchaient rarement trop près. Leur instinct leur disait ce que leurs esprits conscients ne comprendraient jamais: nous étions dangereux.
Jasper était très dangereux en ce moment précis.
A cet instant, une fille de petite taille s'arrêta au bout de la table la plus proche de nous, parlant à une amie. Elle secoua ses cheveux courts, blonds, passant ses doigts dedans. Les ventilateurs envoyèrent son odeur dans notre direction. J'étais habitué à ce que me faisait ressentir cette odeur, ma gorge sèche, le creux languissant dans mon estomac, mes muscles se tendant automatiquement, le flot excessif de salive dans ma bouche...
Tout ça était quasiment normal, habituellement facile à ignorer. C'était plus difficile juste en ce moment, les sentiments plus forts, doublés, alors que je suivais de près la réaction de Jasper. Deux soifs, à la place de la mienne seule.
Jasper laissait son imagination l'emporter. Il s'imaginait se levant de son siège près d'Alice et allant se tenir derrière la fille. Il pensait à se pencher, comme s'il allait murmurer à son oreille, et laisser ses lèvres toucher l'arche de sa gorge. Il imaginait comment le flot chaud de son pouls sous la belle peau lui ferait comme sensation sous sa bouche...
Je donnai un coup de pied dans sa chaise.
Il me regarda dans les yeux un instant, avant de baisser le regard. Je pouvais entendre la honte et la rébellion dans sa tête.
« Désolé, » marmonna Jasper.
Je haussai les épaules.
« Tu n'allais rien faire, » lui murmura Alice, apaisant son chagrin. « Je pouvais le voir. »
Je combattis une grimace qui aurait fichu en l'air son mensonge. On faisait la paire, Alice et moi. Ce n'était pas simple, entendre des voix ou voir des visions du futur. Deux monstres parmi ceux qui sont déjà des monstres. Nous protégions les secrets de l'autre.
« Ça aide un peu si tu penses à eux en tant que personne, » suggéra Alice, sa voix haute et musicale trop rapide pour que des oreilles humaines ne comprennent, s'il y en avait eu d'assez proches pour écouter. "Son nom est Whitney. Elle a une petite s½ur, un bébé, qu'elle adore. Sa mère avait invité Esmée à cette garden party, tu te souviens?"
« Je sais qui elle est, » dit sèchement Jasper. Il se détourna pour regarder par l'une des petites fenêtres qui étaient juste sous le rebord du toit tout le long de la pièce. Son ton mis fin à la conversation.
Il allait devoir aller chasser ce soir. C'était ridicule de prendre des risques comme ça, essayant de tester sa force, de construire son endurance. Jasper devrait simplement accepter ses limites et faire avec. Ses anciennes habitudes n'étaient pas favorables à notre choix de mode de vie, il ne devrait pas s'engager dans ce chemin-là.
Alice soupira silencieusement et se leva, prenant son plateau de nourriture, son accessoire, plus vraisemblablement, avec elle et le laissait seul. Elle savait quand il en avait assez de ses encouragements. Alors que Rosalie et Emmett étaient plus flagrants à propos de leur relation, c'étaient Alice et Jasper qui connaissaient l'humeur de l'autre autant que la leur. Comme s'ils pouvaient lire les pensées aussi –juste de l'un l'autre.
Edward Cullen.
Réflexe. Je me tournai à l'appel de mon nom, même s'il n'avait pas été dit, juste pensé.
Mon regard croisa un quart de seconde une paire de larges yeux humains d'une couleur chocolat sur un visage pâle, en forme de c½ur. Je connaissais ce visage, bien que je ne l'avais pas vu moi-même jusque là. Il avait été le plus en vue dans tous les esprits humains aujourd'hui. La nouvelle élève, Isabella Swan. Fille du chef de police de la ville, amenée à vivre ici par une quelconque nouvelle situation de garde. Bella. Elle corrigeait tous ceux qui utilisaient son prénom en entier...
Je détournai le regard, ennuyé. Cela me prit une seconde pour réaliser que ce n'était pas elle qui avait pensé mon nom.
Bien sûr qu'elle craque déjà sur les Cullen, entendis-je la première voix continuer.
Maintenant je reconnaissais la 'voix'. Jessica Stanley, ça faisait un moment qu'elle ne m'avait pas ennuyé avec ses jacassements intérieurs. Quel soulagement ce fut quand elle dépassa son engouement mal placé. Il avait été pratiquement impossible d'échapper à ses constantes et ridicules rêveries. Je regrettai, dans ces moments-là, de ne pas pouvoir lui expliquer ce qui se passerait exactement si mes lèvres, et les dents qui se trouvaient derrière, s'étaient approchées d'elle. Ça aurait fait taire ces ennuyeux fantasmes. Imaginer sa réaction me fit presque sourire.
Ça lui fera une belle jambe, continua Jessica. Elle n'est même pas vraiment jolie. Je ne sais pas pourquoi Eric la regarde autant... ou Mike.
Elle tressaillit mentalement en pensant le dernier nom. Son nouvel engouement, le génériquement populaire Mike Newton, ne lui accordait aucun regard. Apparemment, il prêtait toute son attention à la nouvelle fille, comme l'enfant avec l'objet brillant. Ceci envenima les pensées de Jessica, bien qu'elle était, en apparence, cordiale avec la nouvelle venue alors qu'elle lui expliquait les histoires communes sur ma famille. La nouvelle élève avait dû lui poser des questions sur nous.
Tout le monde me regarde aussi, aujourd'hui, pensa Jessica avec suffisance. Si ce n'est pas de la chance que Bella ait deux cours avec moi... Je parie que Mike voudra me demander si elle est-
J'essayai de bloquer l'inepte jacassement avant que les futilités ne me rendent fou.
« Jessica Stanley est en train d'étendre le linge sale du clan Cullen à la nouvelle fille Swan." murmurai-je à Emmett comme distraction.
Il eut un petit rire. J'espère qu'elle le fait bien, pensa-t-il.
« Elle manque assez d'imagination, en fait. Juste le minimum de scandale. Pas une once d'horreur. Je suis un peu déçu."
Et la nouvelle? Elle est déçue par les rumeurs aussi?
J'écoutai pour savoir ce que la nouvelle, Bella, pensait de l'histoire de Jessica.
Que voyait-elle quand elle regardait l'étrange famille à la peau pâle qui était universellement évitée?
C'était en quelque sorte ma responsabilité de connaître sa réaction. J'agissais en guetteur, à défaut de meilleur mot, pour ma famille. Pour les protéger. Si jamais quelqu'un devenait suspicieux, je pouvais leur donner une alerte précoce et un repli facile. Ça arrivait occasionnellement, un quelconque humain avec une imagination active nous verrait comme des personnages d'un livre ou d'un film. Habituellement ils ont faux, mais c'était mieux de déménager dans un nouvel endroit que de risquer un examen minutieux. Très, très rarement, quelqu'un le devinait. Nous ne leur donnions pas la chance de vérifier leur hypothèse. Nous disparaissions simplement, pour ne devenir qu'un effrayant souvenir...
Je n'entendais rien, bien que j'écoutais juste à côté le monologue frivole interne de Jessica continuer de s'écouler. C'était comme si personne n'était assis à côté d'elle. Comme c'est étrange, la fille aurait-elle bougé? Ça ne semblait pas probable, étant donné que Jessica continuait de jacasser. Je levai les yeux pour vérifier, me sentant désorienté. Vérifier ce que mon 'écoute supplémentaire' pouvait me dire, c'était quelque chose que je n'avais jamais eu à faire.
Encore une fois, mon regard se fixa sur les mêmes grands yeux marron. Elle était assise exactement au même endroit qu'avant, et nous regardant, chose naturelle à faire, supposai-je, puisque Jessica la régalait des rumeurs locales sur les Cullen.
Penser à nous, aussi, serait naturel.
Mais je ne pouvais entendre un murmure.
Ses joues se teintèrent d'un rouge invitant, chaud, alors qu'elle baissait les yeux, loin de l'embarrassante gaffe de s'être fait prendre à fixer un inconnu. C'était une bonne chose que Jasper continuait de fixer la fenêtre. Je n'aimais pas imaginer ce que ferait cette concentration de sang sur son contrôle.
Les émotions sur son visage avaient été claires comme si elles avaient été écrites sur son front: la surprise, alors qu'elle absorbait inconsciemment les signes des subtiles différences entre son genre et le mien, la curiosité, alors qu'elle écoutait l'histoire de Jessica, et quelque chose de plus... fascination? Ce ne serait pas la première fois. Nous étions beaux à leurs yeux, nos proies intentionnelles. Puis, finalement, l'embarras quand je la surpris à me fixer.
Et pourtant, bien que ses pensées avaient été claires dans ses étranges yeux –étranges à cause de leur intensité; les yeux marrons paraissaient souvent fades dans l'obscurité- je ne pouvais entendre que le silence, là où elle était assise. Rien du tout.
Je sentis un moment de malaise.
Je n'avais jamais rencontré de pareil cas auparavant. Y avait-il quelque chose qui n'allait pas chez moi? Je me sentais exactement pareil que d'habitude. Inquiet, j'écoutais avec plus de force.
Toutes les voix que j'avais bloquées se mirent soudainement à hurler dans ma tête.
...me demande quelle musique elle aime...peut-être que je pourrais mentionner ce nouveau CD... pensait Mike Newton, deux tables plus loin, fixant Bella Swan.
Regardez-le la fixer. Ce n'est pas assez qu'il ait la moitié des filles de l'école l'attendant pour... Les pensées d'Eric Yorkie étaient sulfureuses, et tournaient aussi autour de la fille.
...tellement dégoûtant... On penserait qu'elle est célèbre...Même Edward Cullen la regarde... Lauren Mallory était si jalouse que son visage devrait être d'un rouge foncé. Et Jessica, affichant sa nouvelle meilleure amie. Quelle blague... Du vitriol continuait de couler des pensées de la fille.
...je parie que tout le monde lui a demandé ça. Mais j'aimerais lui parler. Je vais penser à une question plus originale... songea Ashley Dowling.
...peut-être qu'elle sera dans mon cours d'espagnol... espéra June Richardson.
...des tonnes à faire ce soir! Trigonométrie, et le devoir d'anglais. J'espère que ma mère... Angela Weber, une fille discrète, dont les pensées étaient exceptionnellement gentilles, était la seule à la table qui n'était pas obsédée par Bella.
Je pouvais les entendre tous, entre chaque chose insignifiante qu'ils pensaient. Mais rien du tout de la part de la nouvelle élève avec les yeux trompeusement communicatifs.
Et, bien sûr, je pouvais entendre ce que la fille disait quand elle parlait à Jessica. Je n'avais pas besoin de lire les pensées pour pouvoir entendre sa voix basse et claire à l'autre bout de la grande pièce.
« Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux? » l'entendis-je demander, me regardant du coin de l'½il, seulement pour détourner rapidement le regard quand elle vit que je la regardais toujours.
Si j'avais eu le temps d'espérer que le son de sa voix m'aiderait à mettre le doigt sur la sonorité de ses pensées, perdues quelque part où je ne pouvais y accéder, j'étais immédiatement déçu. Habituellement, les pensées des gens leur venaient dans un ton semblable à leur voix physiques. Mais cette voix calme, timide, était inconnue, pas une des centaines de pensées parcourant la pièce, j'étais sûr de ça. Complètement nouvelle.
Oh, bonne chance, idiote! Pensa Jessica avant de répondre à la question de la fille. "Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment, aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui." Dit-elle.
Je tournai la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses camarades de classe n'avaient pas idée à quel point elles étaient chanceuses qu'aucune d'elles ne m'attirent particulièrement.
Sous la touche éphémère d'humour, je ressentis une étrange impulsion, que je ne compris pas clairement. Cela avait quelque chose à voir avec le côté vicieux des pensées de Jessica, dont la nouvelle était inconsciente... je ressentis le besoin urgent de me mettre entre elles, de protéger cette Bella Swan des sombres rouages de l'esprit de Jessica. Quelle étrange chose à ressentir. Essayant de dénicher les motivations derrière l'impulsion, j'examinai la nouvelle encore une fois.
Peut-être était-ce simplement un vieil instinct protecteur enfoui – le fort pour le faible. Cette fille avait l'air plus fragile que ses nouveaux camarades de classe. Sa peau était si translucide qu'il était difficile de croire que ça lui offrait une quelconque défense contre le monde extérieur. Je pouvais voir le pouls cadencé de son sang à travers ses veines sous la pâle et claire membrane... Mais je ne devrais pas me concentrer là-dessus. J'étais bon à cette vie que j'avais choisi, mais j'avais autant soif que Jasper et il n'y avait aucun intérêt à inviter la tentation.
Il y avait un faible pli entre ses sourcils dont elle semblait inconsciente.
C'était incroyablement frustrant! Je pouvais clairement voir que c'était un effort pour elle d'être assise là, à faire la conversation avec des étrangers, d'être le centre de l'attention. Je pouvais sentir sa timidité à la manière dont elle tenait ses épaules à l'air frêle, légèrement courbées, comme si elle s'attendait à une rebuffade à chaque instant. Et pourtant je ne pouvais que sentir, ne pouvais que voir, ne pouvais qu'imaginer. Il n'y avait rien de plus que du silence provenant de cette banale jeune fille. Je ne pouvais rien entendre. Pourquoi?
« Pouvons-nous? » murmura Rosalie, interrompant ma réflexion.
Je détournai les yeux de la fille avec un sentiment de soulagement. Je ne pouvais pas continuer à échouer et cela m'irritait. Et je ne voulais pas développer d'intérêt pour ses pensées cachées simplement parce qu'elles m'étaient cachées. Sans aucun doute, quand je déchiffrerai ses pensées – et je trouverai un moyen de le faire- elles seront aussi insignifiantes et triviales que les pensées d'un humain quelconque. Ça ne valait pas la peine de déployer des efforts pour les atteindre.
« Alors, est-ce que la nouvelle a peur de nous? » demanda Emmett, attendant toujours ma réponse à sa question précédente.
Je haussai les épaules. Ce n'était pas assez intéressant de poursuivre pour plus d'informations. Je ne devrais d'ailleurs pas être intéressé.
Nous nous levâmes de table et marchâmes hors de la cafétéria.
Emmett, Rosalie et Jasper prétendaient être de dernière année; ils allèrent vers leurs cours. Je jouais un rôle plus jeune qu'eux. Je me dirigeai vers mon cours de première de biologie, préparant mon esprit à cet ennui. Il était certain que Mr Banner, un homme d'un intellect moyen, ne parviendrait à faire ressortir de son cours quoi que ce soit qui pourrait surprendre quelqu'un détenant deux diplômes de médecine.
Dans la salle de classe, je m'installai à ma place et laissai mes livres - des accessoires, encore une fois; ils ne contenaient rien que je ne sache déjà – sur la table. J'étais le seul élève à avoir une table pour lui seul. Les humains n'étaient pas assez intelligents pour savoir qu'ils avaient peur de moi, mais leur instinct de survie était suffisant pour les tenir éloignés.
La classe se remplissait lentement alors qu'ils revenaient de déjeuner. Je m'appuyai sur ma chaise et attendis que le temps passe. Encore une fois, je regrettais de ne pas pouvoir dormir.
Parce que j'avais pensé à elle, quand Angela Weber escorta la nouvelle à la porte, son nom attira mon attention.
Bella a l'air aussi timide que moi. Je parie que c'est très dur pour elle, aujourd'hui. J'aimerais pouvoir dire quelque chose... mais ça serait probablement stupide...
Oui ! Pensa Mike Newton, se tournant sur son siège pour regarder les filles entrer.
Encore, de l'endroit où Bella Swan était, rien. L'espace vide où devraient être ses pensées m'irritait et me déconcertait.
Elle se rapprocha, passant par l'allée à côté de moi pour aller au bureau du professeur. Pauvre fille; le siège à mes côtés était le seul disponible. Automatiquement, je dégageai ce qui allait être son bureau, rassemblant mes livres en une pile. Je doutais qu'elle se sente à l'aise, ici. Elle allait être dans cette classe pour un long semestre, au moins. Peut-être, cependant, en étant assis à côté d'elle, je serais capable de soutirer ses secrets... non pas que je n'ai jamais eu besoin d'une forte proximité avant... non pas que je trouverais quelque chose qui vaille le coup d'écouter...
Bella Swan entra dans le courant d'air chaud qui soufflait vers moi.
Son odeur me frappa comme un bélier. Il n'y avait pas d'image assez violente pour décrire la force de ce qu'il m'était arrivé à ce moment là.
A cet instant, j'étais loin de l'humain que j'avais été; aucune trace des lambeaux d'humanité dont j'étais parvenu à m'envelopper.
J'étais un prédateur. Elle était ma proie. Il n'y avait rien d'autre dans le monde que cette vérité.
Il n'y avait aucune salle pleine de témoins – ils étaient déjà des dommages collatéraux dans ma tête. Le mystère de ses pensées était oublié. Ses pensées ne signifiaient rien, puisqu'elle n'allait plus penser bien longtemps.
J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus alléchant que je n'avais jamais senti en quatre-vingts ans.
Je n'avais pas imaginé qu'une telle odeur puisse exister. Si je l'avais su, je serais parti la chercher il y a longtemps. J'aurais ratissé la planète pour elle. Je pouvais imaginer le goût...
La soif brûlait ma gorge comme un feu. Ma bouche était desséchée et déshydratée. Le flot frais de venin ne faisait rien pour apaiser cette sensation. Mon estomac de la faim qui faisait écho à la soif. Mes muscles se tendaient.
Pas une seconde n'était passée. Elle prenait toujours le même pas qui l'avait amenée vers moi.
Alors que son pied touchait le sol, son regard glissa vers moi, un mouvement qu'elle voulait clairement furtif. Ses yeux rencontrèrent les miens, et je vis mon reflet dans le large miroir de son regard.
Le choc sur le visage que je vis là lui sauva la vie pendant un embarrassant moment.
Elle ne rendit pas la tâche plus facile. Quand elle vit l'expression de mon visage, le sang monta de nouveau à ses joues, donnant à sa peau la couleur la plus délicieuse que je n'avais jamais vu. L'odeur était un épais brouillard dans ma tête. Je pouvais à peine penser. Mes pensées se déchaînaient, résistant à tout contrôle, incohérentes.
Elle marchait plus vite à présent, comme si elle avait compris le besoin de s'échapper. Sa hâte la rendit maladroite, elle trébucha, tombant presque sur la fille assise en face de moi. Vulnérable, faible. Même encore plus que d'habitude chez un humain.
J'essayais de me concentrer sur le visage que j'avais vu dans ses yeux, un visage que je reconnus avec révulsion. Le visage du monstre en moi, le visage que j'avais repoussé avec des décennies d'effort et une intransigeante discipline. Comme elle revenait si facilement à la surface maintenant !
L'odeur tourbillonnait encore autour de moi, dispersant mes pensées et me propulsant presque de mon siège.
Non.
Ma main agrippa le bord de la table alors que j'essayais de rester sur ma chaise. Le bois n'était pas fait pour cette tâche. Ma main s'écrasa sur le dessous de la table et revint avec la paume remplie d'échardes, laissant la forme de mes doigts dans le bois restant.
Détruire les preuves. C'était une règle fondamentale. Je pulvérisais rapidement les bords des traces avec le bout de mes doigts, ne laissant rien d'autre qu'un trou déchiqueté et une pile de frisons sur le sol, que je dispersais avec mon pied.
Détruire les preuves. Dommage collatéral...
Je savais ce qu'il devait se passer maintenant. La fille viendrait s'assoir à côté de moi, et je la tuerais.
Les innocents badauds de cette classe, dix-huit autres enfants et un homme, ne pourraient sortir de cette pièce, ayant vu ce qu'ils vont bientôt voir.
Je tressailli à la pensée de ce que je devais faire. Même dans mes pires moments, je n'avais jamais commis ce genre d'atrocités. Je n'avais jamais tué d'innocents, pas un en plus de huit décennies. Et à présent je planifiais d'en exécuter vingt d'un coup.
Le visage du monstre dans le miroir se moqua de moi.
Même si une part de moi s'éloignait du monstre, une autre planifiait tout.
Si je tuais la fille d'abord, j'avais seulement quinze ou vingt secondes avec elle avant que les humains dans la salle ne réagissent. Peut-être un peu plus longtemps, s'ils ne réalisaient pas tout de suite ce que je faisais. Elle n'aurait pas le temps de crier ou de ressentir la douleur; je ne la tuerais pas cruellement. C'était le mieux que je pouvais offrir à cette étrangère au sang horriblement désirable.
Mais après je devrais les empêcher de s'enfuir. Je n'aurais pas à m'inquiéter des fenêtres, trop hautes et trop petites pour permettre une échappée de qui que ce soit. Simplement la porte – je n'aurais qu'à la bloquer et ils seraient piégés.
Ce serait plus lent et plus difficile, d'essayer de tous les avoir alors qu'ils paniqueraient et se bousculeraient, dans le chaos complet. Pas impossible, mais il y aurait beaucoup plus de bruit. Du temps pour beaucoup de cris. Quelqu'un entendrait... et je serais forcé de tuer encore plus d'innocents en cette heure noire.
Et son sang s'écoulerait, pendant que je tuerais les autres.
L'odeur me punissait, ma gorge s'asséchant douloureusement...
Les témoins d'abord, donc.
Je dressais le schéma dans ma tête. J'étais au milieu de la pièce, au dernier rang. Je m'occuperais de ma droite d'abord. Je pouvais briser quatre ou cinq de leurs cous par seconde, estimais-je. Ce ne serait pas bruyant. La droite serait le côté chanceux, ils ne me verraient pas venir. Allant vers le devant puis remontant sur la gauche, ça me prendrait, au plus, cinq secondes pour en finir avec chaque vie dans cette classe.
Assez long pour que Bella Swan voit, brièvement, ce qui allait lui arriver. Assez long pour qu'elle ressente de la peur. Assez long, peut-être, si le choc ne la figeait pas sur place, pour qu'elle en arrive à crier. Un simple cri doux qui n'attirerait personne.
Je pris une grande inspiration, et l'odeur était un feu qui se propulsait dans mes veines sèches, brûlant ma poitrine pour consumer chaque meilleure pulsion dont j'étais capable.
Elle tournait juste à présent. Dans quelques secondes, elle s'assoirait à quelques centimètres de moi.
Le monstre dans ma tête sourit d'anticipation.
Quelqu'un claqua un dossier à ma droite. Je ne levai pas les yeux pour voir lequel des humains condamnés il s'agissait. Mais le mouvement m'envoya une vague d'air ordinaire, sans odeur, soufflant sur mon visage.
Pendant une courte seconde, je fus capable de penser clairement. En cette précieuse seconde, je vis deux visages dans ma tête, côte à côte.
L'un était le mien, ou plutôt ce qu'il avait été: le monstre aux yeux rouges qui avait tué tant de gens que j'avais arrêté de compter. Des meurtres justifiés, rationalisés. Un tueur de tueurs, un tueur d'autres monstres, moins puissants. C'était un complexe de dieu, je me rendais compte de ça – décider qui méritait la peine de mort. C'était un compromis avec moi-même. Je m'étais nourri de sang humain, mais seulement par la plus figurée des définitions. Mes victimes étaient, dans leurs sombres passés variés, à peine plus humain que je ne l'étais.
L'autre visage était celui de Carlisle.
Il n'y avait aucune ressemblance entre les deux visages. C'était le jour et la nuit.
Il n'y avait aucune raison qu'il y ait une ressemblance. Carlisle n'était pas mon père dans le sens biologique du terme. Nous ne partagions aucun trait commun. La similarité de notre teint était un produit de ce que nous étions; tous les vampires avaient la même peau pâle. La ressemblance de la couleur de nos yeux était autre chose – la réflexion d'un choix mutuel.
Et, alors qu'il n'y avait aucune base pour une ressemblance, j'imaginais que mon visage avait commencé à refléter le sien, à un certain point, dans les soixante-dix dernières années où j'avais adopté son choix et suivit ses pas. Mes traits n'avaient pas changé, mais il me semblait qu'une sorte de sagesse avait marqué mon expression, qu'un peu de sa compassion pouvait être calquée dans la forme de ma bouche, et des soupçons de sa patience étaient évidents sur mon front.
Toutes ces minuscules améliorations furent perdues sur le visage du monstre. Dans un court moment, il ne resterait plus rien en moi qui refléterait les années que j'avais passées avec mon créateur, mon mentor, mon père dans tous les sens qui comptaient. Mes yeux brilleraient de rouge comme ceux du diable, toute similitude serait perdue pour toujours.
Dans ma tête, les yeux doux de Carlisle ne me jugeaient pas. Je savais qu'il me pardonnerait pour cet acte horrible que j'aurais fait. Parce qu'il m'aimait. Parce qu'il pensait que j'étais meilleur que ça. Et il continuerait de m'aimer, même si je lui prouvais à présent qu'il avait tort.
Bella Swan s'assit sur la chaise à côté de moi, ses mouvements raides et maladroits – la peur ? - et l'odeur de son sang s'épanouissant comme un nuage inexorable autour de moi.
J'allais prouver à mon père qu'il avait tort à propos de moi. Le malheur de ce fait faisait presque aussi mal que le feu dans ma gorge.
Je m'éloignai d'elle par révulsion – révulsé par le monstre désireux de l'avoir.
Pourquoi avait-elle dû venir ici ? Pourquoi devait-elle exister ? Pourquoi devait-elle ruiner la paix que j'avais dans ma vie non-humaine ? Pourquoi cette aggravante humaine était-elle même née ? Elle allait me détruire.
Je tournai mon visage loin d'elle, alors qu'une haine violente, irraisonnable m'envahit soudainement.
Qui était cette créature ? Pourquoi moi, pourquoi maintenant ? Pourquoi devrais-je tout perdre juste parce qu'il s'avérait qu'elle avait choisi cette improbable ville pour apparaître ?
Pourquoi était-elle venue ici !
Je ne voulais pas être le monstre ! Je ne voulais pas tuer cette classe remplie d'innocents enfants ! Je ne voulais pas perdre tout ce que j'avais acquis en une vie de sacrifice et de déni !
Je ne le ferai pas. Elle ne me le fera pas faire.
C'était l'odeur le problème, l'abominable, l'attirante odeur de son sang. S'il y avait un autre moyen de résister... si seulement un autre courant d'air frais pouvait aérer mon esprit.
Bella secoua ses longs cheveux, épais, couleur acajou, dans ma direction.
Etait-elle folle ? C'était comme si elle encourageait le monstre ! Le taquinant.
Il n'y avait aucune brise amicale pour éloigner de moi cette odeur à présent. Tout serait bientôt perdu.
Non, il n'y avait aucune brise secourable. Mais je n'étais pas obligé de respirer.
Je stoppai le flot d'air arrivant dans mes poumons; le soulagement était instantané, mais incomplet. J'avais toujours le souvenir de l'odeur dans ma tête, son goût sur ma langue. Je ne serai pas capable de résister même comme ça pendant longtemps. Mais peut-être pourrais-je résister pendant une heure. Une heure. Juste assez pour sortir de cette salle pleine de victimes, victimes qui n'avaient peut-être pas besoin d'être victimes. Si je pouvais résister pendant une petite heure.
C'était une sensation inconfortable, ne pas respirer. Mon corps n'avait pas besoin d'oxygène, mais ça allait contre mes instincts. Je me reposai sur l'odorat plus que sur mes autres sens en temps de stress. Ça menait le chemin pendant la chasse, c'était le premier avertissement en cas de danger. Je ne rencontrais pas souvent quelque chose de plus dangereux que je ne l'étais, mais l'instinct de survie était juste aussi fort chez les miens que ça l'était chez l'humain moyen.
Inconfortable, mais faisable. Plus supportable que de respirer son odeur et ne pas planter mes dents dans cette peau, fine, diaphane, vers le sang chaud, battant-
Une heure ! Juste une heure. Je ne devais pas penser à l'odeur, au goût.
La fille silencieuse gardait ses cheveux entre nous, se penchant tant qu'ils s'éparpillaient sur son cahier. Je ne pouvais pas voir son visage, pour essayer de lire les émotions dans ses yeux clairs et profonds. Etait-ce pour cela qu'elle gardait ses cheveux entre nous ? Pour me cacher ses yeux ? Par peur ? Timidité ? Pour garder ses secrets loin de moi ?
Mon ancienne irritation à être contrecarré par ses pensées muettes était faible et pâle en comparaison du besoin – et de la haine – qui me possédait à présent. Je haïssais cette frêle femme-enfant à côté de moi, la haïssais avec toute la ferveur avec laquelle je me raccrochais à mon ancien moi, mon amour pour ma famille, mes rêves d'être meilleur que je ne l'étais... Je la haïssais, haïssais comment elle me faisait sentir – ça aidait un peu. Oui, l'irritation que j'avais ressentie avant était faible, mais ça aidait aussi un peu. Je m'accrochais à n'importe quelle émotion qui me distrayait et m'empêchait d'imaginer quel goût elle aurait...
Haine et irritation. Impatience. L'heure ne passerait-elle jamais ?
Et quand l'heure se terminerait... Alors elle sortirait de cette pièce. Et que ferai-je ?
Je pourrais me présenter. Bonjour, mon nom est Edward Cullen. Puis-je te conduire à ton prochain cours ?
Elle dirait oui. Ce serait la seule chose polie à faire. Même en me craignant déjà, comme je le suspectais, elle suivrait les conventions et marcherait à côté de moi. Il serait facile de la conduire dans la mauvaise direction. Un bout de la forêt s'étendait comme un doigt pour toucher le fond du parking. Je pourrais lui dire que j'avais oublié un livre dans ma voiture...
Quelqu'un remarquerait-il que je fus la dernière personne avec qui elle avait été vue ? Il pleuvait, comme d'habitude; deux imperméables sombres allant dans la mauvaise direction ne susciteraient pas beaucoup d'intérêt.
Sauf que je n'étais pas le seul étudiant qui s'intéressait à elle aujourd'hui – même si personne n'était si férocement intéressé que je ne l'étais. Mike Newton, en particulier, était conscient de chaque mouvement qu'elle faisait alors qu'elle remuait sur sa chaise– elle était mal à l'aise d'être si proche de moi, comme tout le monde l'était, comme je m'y attendais avant que son odeur n'ai détruit toute inquiétude charitable. Mike Newton le remarquerait si elle quittait la salle avec moi.
Si je pouvais tenir une heure, pouvais-je tenir deux ?
Je tressaillis à la douleur de la brûlure.
Elle rentrerait chez elle, dans une maison vide. Le Chef Swan travaillait la journée entière. Je connaissais sa maison, comme je connaissais chaque maison de cette minuscule ville. Sa maison était nichée contre des bois épais, sans voisinage proche. Même si elle avait le temps de crier, ce qu'elle n'aura pas, il n'y aurait personne pour entendre.
Ce serait la manière responsable de s'occuper de ça. J'avais parcouru sept décennies sans sang humain. Si je retenais mon souffle, je pouvais tenir deux heures. Et quand je l'aurais seule, il n'y aurait aucune chance que quelqu'un d'autre soit blessé. Et aucune raison de précipiter l'expérience, acquiesça le monstre dans ma tête.
Il était sophistique de penser qu'en sauvant les dix-neuf humains de cette pièce avec effort et patience, je serais moins un monstre quand je tuerai cette jeune fille innocente.
Bien que je le haïsse, je savais que ma haine était injuste. Je savais que ce que haïssais vraiment était moi-même. Et je nous haïrai tellement plus tous les deux quand elle sera morte.
Je passai l'heure ainsi – imaginant les meilleurs moyens de la tuer. J'essayais d'éviter d'imaginer l'acte en lui-même. Ça pourrait être trop pour moi; je pourrais perdre cette bataille et finir par tuer tous ceux qui étaient en vue. Alors je planifiais la stratégie, rien de plus. Cela me fit passer l'heure.
Une fois, vers la toute fin, elle me jeta un coup d'½il à travers le mur fluide de ses cheveux. Je pouvais sentir cette haine injustifiée brûlant en moi alors que je croisais son regard – j'en vis le reflet dans ses yeux effrayés. Du sang teinta ses joues avant qu'elle ne puisse à nouveau se cacher derrière ses cheveux, et j'étais presque à bout.
Mais la sonnerie retentit. Sauvé par le gong – quel cliché. Nous étions tous les deux sauvés. Elle, sauvée de la mort. Moi, sauvé juste pour un court moment d'être la créature cauchemardesque que je craignais et exécrais.
Je ne pouvais pas marcher aussi lentement que je le devrais en sortant de la salle. Si quelqu'un m'avait regardé, il aurait pu suspecter qu'il y avait quelque chose d'anormal dans ma façon de bouger. Personne ne me prêtait attention. Toutes les pensées humaines tournaient autour de la fille qui était condamnée à mourir dans un peu plus d'une heure.
Je me cachai dans ma voiture.
Je n'aimais pas l'idée de me cacher. Ça semblait si lâche. Mais c'était incontestablement le cas en ce moment.
Il ne me restait pas assez de discipline pour rester près d'humains. Concentrer tous mes efforts sur le fait de ne tuer l'un d'entre eux ne me laissait aucune ressource pour résister aux autres. Quel gâchis ce serait. Si je devais m'abandonner au monstre, je devrais aussi bien faire valoir la défaite.
Je mis un CD de musique qui me calmait, mais ça ne m'aidait pas vraiment maintenant. Non, ce qui aidait le plus était l'air frais, humide qui entrait avec la pluie fine à travers mes fenêtres ouvertes. Bien que je puisse me rappeler de l'odeur du sang de Bella Swan avec une clarté parfaite, inhaler l'air pur était comme laver l'intérieur de mon corps de cette infection.
J'étais raisonnable à nouveau. Je pouvais penser. Et je pouvais me battre à nouveau. Je pouvais me battre contre ce que je ne voulais pas être.
Je n'avais pas à aller chez elle. Je n'avais pas à la tuer. De toute évidence, j'étais une créature pensante, rationnelle, et j'avais un choix. Il y avait toujours un choix.
Je n'avais pas ressenti ça dans cette classe... mais j'étais loin d'elle à présent. Peut-être que si je l'évitais très, très précautionneusement, ma vie n'avait pas besoin de changer. Les choses étaient ordonnées d'une manière que j'aimais. Pourquoi devrais-je laisser un délicieux individu ruiner cela ?
Je n'avais pas à décevoir mon père. Je n'avais pas à causer à ma mère du stress, de l'inquiétude... de la douleur. Oui, ça blesserait ma mère adoptive aussi. Et Esmée était si gentille, si tendre et si douce. Causer de la douleur à quelqu'un comme Esmée était inexcusable.
Comme c'était ironique que je veuille protéger cette humaine de la menace dérisoire, sans dents, des pensées méprisantes de Jessica Stanley. J'étais la dernière personne qui ne se tiendrait jamais comme un protecteur de Bella Swan. Elle n'aurait jamais besoin de plus de protection qu'elle n'en avait besoin de ma part.
Où était Alice ? Me demandai-je soudain. Ne m'avait-elle pas vu tuer la fille Swan d'une multitude de façons ? Pourquoi n'était-elle pas venue aider – pour m'arrêter ou m'aider à effacer les preuves, peu importe ? Etait-elle si absorbée par le fait de guetter des problèmes avec Jasper qu'elle aurait manqué cette possibilité plus horrible ? Etais-je plus fort que je ne le pensais ? N'aurais-je réellement rien fait à la fille ?
Non. Je savais que c'était faux. Alice devait être très concentrée sur Jasper.
Je cherchais dans la direction où je savais qu'elle se trouvait, dans le petit bâtiment utilisé pour les cours d'anglais. Ça ne me prit pas longtemps pour localiser sa 'voix' familière. Et j'avais raison. La moindre de ses pensées était tournée vers Jasper, scrutant ses choix à chaque minute.
J'aurais voulu lui demander conseil, mais en même temps, j'étais heureux qu'elle ne sache pas ce dont j'étais capable. Qu'elle soit inconsciente du massacre que j'avais envisagé l'heure passée.
Je ressentis une nouvelle brûlure au travers de mon corps – la brûlure de la honte. Je ne voulais qu'aucun d'eux ne le sache.
Si je pouvais éviter Bella Swan, si j'avais réussi à ne pas la tuer – alors même que je pensais ça, le monstre grinça des dents de frustration – alors personne n'avait à le savoir. Si je pouvais me tenir éloigné de son odeur...
Il n'y avait pas de raison que je n'essaye pas, au moins. Faire le bon choix. Essayer d'être ce que Carlisle pensait que j'étais.
La dernière heure de cours était presque terminée. Je décidai de mettre mon nouveau plan à exécution aussitôt. Il valait mieux ça que de rester assis ici sur le parking, où elle pourrait passer devant moi et détruire ma tentative. A nouveau, je ressentais l'injuste haine pour la fille. Je détestais qu'elle ait cet inconscient pouvoir sur moi. Qu'elle pouvait me faire être quelque chose que je haïssais.
Je traversais rapidement – un peu trop rapidement, mais il n'y avait aucun témoin – le minuscule campus jusqu'aux bureaux. Il n'y avait aucune raison que Bella Swan croise mon chemin. Je l'éviterai comme le fléau qu'elle était.
Le bureau était vide excepté la secrétaire, celle que je voulais voir.
Elle ne remarqua pas mon entrée silencieuse.
« Mrs. Cope ? »
La femme aux cheveux artificiellement rouges leva le regard, et ses yeux s'écarquillèrent. Ça les prenait toujours par surprise, ces petites marques qu'ils ne comprenaient pas, peu importe combien de fois ils avaient vu l'un d'entre nous avant.
« Oh ! » laissa-t-elle échapper, un peu nerveuse. Elle lissa son chemisier. Idiote, pensa-t-elle pour elle-même. Il est presque assez jeune pour être mon fils. Trop jeune pour penser à lui comme ça... « Bonjour, Edward. Que puis-je faire pour toi ? » Ses cils battaient derrière ses épaisses lunettes.
Embarrassant. Mais je savais comment être charmant si je voulais l'être. C'était facile, puisque je pouvais savoir instantanément comment un ton ou un geste était pris.
Je me penchais en avant, rencontrant son regard comme si je plongeais profondément dans ses petits yeux marron, sans profondeur. Ses pensées étaient déjà agitées. Ça devrait être simple.
« Je me demandais si vous pouviez m'aider avec mon emploi du temps. » dis-je avec la voix douce que j'utilisais pour ne pas effrayer les humains.
J'entendis le tempo de son c½ur s'accélérer.
« Bien sûr Edward. Comment puis-je t'aider ? » Trop jeune, trop jeune, psalmodiait-elle intérieurement. C'était faux, bien sûr. J'étais plus vieux que son grand-père. Mais d'après mon permis de conduire, elle avait raison.
« Je me demandais si je pouvais échanger mon cours de biologie contre un cours de sciences de terminale ? La physique, peut-être ?
-Il y a un problème avec Mr. Banner, Edward ?
-Pas du tout, c'est simplement que j'ai déjà étudié cette matière...
-Dans cette école avancée où vous étiez tous en Alaska, bien. » Ses lèvres fines se plissèrent alors qu'elle prenait ceci en considération. Ils devraient tous être à l'université. J'ai entendu les professeurs se plaindre. Des notes parfaites, jamais une hésitation pour une réponse, jamais une mauvais réponse à un contrôle – comme s'ils avaient trouvé un moyen de tricher dans toutes les matières. Mr. Varner préfère croire que quelqu'un triche plutôt que de penser qu'un étudiant est plus intelligent que lui... Je parie que leur mère leur donne des cours... « En fait, Edward, le cours de physique est plutôt rempli, en ce moment. Mr. Banner déteste avoir plus de vingt-cinq élèves dans une classe...
-Je ne poserai aucun problème. »
Bien sûr que non. Pas un parfait Cullen. « Je sais ça, Edward. Mais il n'y a pas assez de sièges...
-Puis-je laisser tomber le cours, alors ? Je pourrais utiliser cette période pour étudier indépendamment.
-Laisser tomber la biologie ? » Elle resta bouche bée. C'est fou. C'est si dur que ça d'assister à un cours que l'on connait déjà ? Il doit y avoir un problème avec Mr. Banner. Je me demande si je devrais en parler à Bob ? « Tu n'auras pas assez de matières pour obtenir ton diplôme. »
-Je me rattraperai l'année prochaine.
-Peut-être que tu devrais parler à tes parents à propos de ça. »
La porte s'ouvrit derrière moi, mais qui que ce fut, il ne pensait pas à moi, donc j'ignorai cette arrivée et me concentrai sur Mrs. Cope. Je me penchai un peu plus, et ouvrit mes yeux un peu plus grand. Cela marcherait mieux s'ils étaient dorés à la place de noir. La noirceur effrayait les gens, comme il se devait.
« S'il vous plait, Mrs. Cope ? » Je fis ma voix aussi douce et convaincante que je le pouvais – et elle pouvait être considérablement convaincante. « N'y-a-t'il aucune autre section avec laquelle je pourrais échanger ? Je suis sûr qu'il doit y avoir un emplacement quelque part. Une sixième heure de biologie ne peut pas être la seule option... »
Je lui souris, attentif à ne pas lui montrer trop largement mes dents pour ne pas l'effrayer, laissant l'expression adoucir mon visage.
Son c½ur battit plus vite. Trop jeune, se rappela-t-elle désespérément. « Eh bien, peut-être que je peux parler à Bob – je veux dire, Mr. Banner. Je pourrais voir si- »
Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour tout changer : l'atmosphère dans la pièce, ma mission ici, la raison pour laquelle j'étais penché vers cette femme aux cheveux rouges... Ce qui avait été pour un but précis avant était maintenant pour un autre.
Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour Samantha Wells pour ouvrir la porte, placer un billet de retard signé dans un casier près de la porte, et sortir à nouveau, pressée d'être loin de l'école. Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour le soudain coup de vent qui passa à travers la porte pour me percuter. Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour moi pour réaliser pourquoi cette première personne à avoir franchi la porte ne m'avait pas interrompu avec ses pensées.
Je me tournai, bien que je n'en aie pas besoin pour m'en assurer. Je me tournai lentement, me battant pour contrôler les muscles qui se rebellaient contre moi.
Bella Swan était debout, son dos appuyé contre le mur à côté de la porte, un bout de papier serré dans sa main. Ses yeux s'écarquillèrent encore plus que d'habitude alors qu'elle rencontrait mon regard féroce, inhumain.
L'odeur de son sang imbibait chaque particule d'air dans la minuscule pièce chaude. Ma gorge s'enflamma.
Le monstre me regardait à travers le miroir de ses yeux encore une fois, un masque diabolique.
Ma main hésita, au-dessus du comptoir. Je n'aurais pas à me retourner pour l'atteindre et cogner la tête de Mrs. Cope contre son bureau avec assez de force pour la tuer. Deux vies au lieu de vingt. Un marché.
Le monstre attendait que je le fasse, anxieux, affamé.
Mais il y avait toujours un choix – il devait y avoir toujours un choix.
J'arrêtai le mouvement de mes poumons, et fixai le visage de Carlisle devant mes yeux. Je me retournai pour faire face à Mrs. Cope, et entendit sa surprise intérieure quant au changement de mon expression. Elle se recula, mais sa peur ne prit pas la forme de mots cohérents.
Utilisant tout le contrôle que j'avais acquis pendant mes décades de sacrifice de soi, je pris ma voix douce et égale. Il y avait juste assez d'air dans mes poumons pour parler une fois de plus, précipitant les mots.
« Tant pis, alors. Je vois bien que c'est impossible. Merci beaucoup pour votre aide. »
Je me tournai et sortis de la pièce, essayant de ne pas sentir la chaleur sanguine du corps de la fille alors que je passais à seulement quelques centimètres à côté.
Je ne m'arrêtai qu'une fois dans ma voiture, bougeant beaucoup trop vite tout le long du chemin. La plupart des humains étaient déjà partis, alors il n'y avait pas beaucoup de témoins. J'entendis un deuxième année, D.J. Garrett, un avertissement, puis l'ignorance...
D'où il sort, Cullen – c'est comme s'il venait d'apparaître... Et voilà, encore mon imagination. Maman dit toujours...
Quand je me glissai dans ma Volvo, les autres étaient déjà là. J'essayai de contrôler ma respiration, mais je cherchais l'air frais comme si je suffoquais.
« Edward ? » demanda Alice, alarmée.
Je secouai simplement la tête.
« Bon sang qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? » demanda Emmett, distrait, pour le moment, par le fait que Jasper n'était pas d'humeur pour une nouvelle partie.
Au lieu de répondre, je reculai la voiture. Je devais sortir de ce parking avant que Bella Swan ne puisse me suivre ici aussi. Mon propre démon, qui me hantait... Je tournai la voiture et accélérai. J'atteignis les soixante-cinq kilomètres à l'heure avant d'être sur la route. Une fois sur la route, j'atteignis les cent dix avant de prendre le virage.
Sans regarder, je savais qu'Emmett, Rosalie et Jasper s'étaient tous tournés pour regarder Alice. Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait pas voir ce qu'il s'était passé, seulement ce qui arrivait.
Elle regardait vers moi à présent. Nous fûmes tous deux témoins de ce qu'elle vit dans sa tête, et nous fûmes tous deux surpris.
« Tu t'en vas ? » murmura-t-elle.
Les autres me fixaient à présent.
« Vraiment ? » sifflai-je entre mes dents.
Elle le vit alors, alors que ma résolution s'évanouissait et un autre choix engagea mon futur dans une direction plus sombre.
« Oh. »
Bella Swan, morte. Mes yeux, rouges, brillants de sang frais. L'enquête qui suivrait ensuite. Le temps que nous attendrions prudemment avant que nous puissions partir et recommencer en toute sécurité...
« Oh. » dit-elle à nouveau. L'image se fit plus spécifique. Je vis l'intérieur de la maison du Chef Swan pour la première fois, je vis Bella dans une petite cuisine aux placards jaunes, son dos tourné vers moi alors que je sortais de l'ombre... laissant l'odeur me guider vers elle...
« Arrête ! » grognai-je, incapable de supporter plus.
« Désolée. » murmura-t-elle, les yeux écarquillés.
Le monstre se réjouissait.
Et la vision dans sa tête changea à nouveau. Une autoroute vide, la nuit, les arbres sur le côté enveloppés de neige, apparaissant rapidement à près de trois cent vingt kilomètres heure.
« Tu vas me manquer. » dit-elle. « Peu importe si tu pars pour une courte durée. »
Emmett et Rosalie échangèrent un regard inquiet.
Nous étions presque au virage qui précédait la longue route qui menait chez nous.
« Laisse-nous ici. » dit Alice. « Tu devrais le dire toi-même à Carlisle. »
J'acquiesçai, et la voiture s'arrêta soudainement dans un crissement.
Emmett, Rosalie et Jasper descendirent en silence; ils feraient tout expliquer à Alice une fois que je serais parti. Alice toucha mon épaule.
« Tu vas faire le bon choix. » murmura-t-elle. Pas une vision cette fois – un ordre. « Elle est la seule famille de Charlie Swan. Ça le tuerait aussi. »
« Oui. » dis-je, n'étant d'accord que sur la dernière partie.
Elle se glissa à l'extérieur pour rejoindre les autres, ses sourcils froncés d'anxiété. Ils se fondirent dans les bois, hors de vue avant que je ne puisse faire demi-tour.
J'accélérai vers la ville, et je savais que les visions dans la tête d'Alice allaient passer du sombre au clair comme une lumière stroboscopique. Alors que je filai vers Forks à cent quarante, je n'étais pas sûr d'où j'allais. Dire au revoir à mon père ? Ou étreindre le monstre à l'intérieur de moi ? La route filait sous mes pneus.

# Posté le lundi 22 juin 2009 17:23

Midnight Sun : 2eme chapitre

A LIVRE OUVERT

Je me penchai contre le amas de neige douce, laissant la poudre sèche se remodeler autour de mon corps. Ma peau avait refroidie pour s'harmoniser avec l'air autour de moi et les infimes morceaux de glace sous ma peau avaient le touché du velours.
Le ciel au-dessus de moi était clair, les étoiles brillaient, d'une couleur bleue luisante à certains endroits, jaune à d'autres. Les étoiles créaient de majestueuses, tourbillonnantes formes sur l'obscurité de l'univers ; une vue extraordinaire. Exquisément belle. Ou plutôt, elle aurait dû être exquise. Aurait pu, si j'avais réellement été capable de la voir.
Ca n'allait pas mieux. Six jours étaient passés, six jours que je me cachais dans l'étendue sauvage du clan Denali, mais je n'étais pas plus proche de la liberté que je ne l'avais été la première fois que j'avais capturé son odeur.
Lorsque je portais le regard sur le ciel éclatant, c'était comme s'il y avait un obstacle entre mes yeux et sa beauté. Cet obstacle était un visage, le simple visage banal d'un être humain, et pourtant il semblait que je ne pouvais le chasser de mon esprit.
J'entendis les pensées approcher avant même les pas qui les accompagnaient. Le son du mouvement n'était qu'un faible soupire sur la poudre de neige.
Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle avait longuement pensé à cette discussion à venir durant les derniers jours, et ce jusqu'à ce qu'elle soit totalement sûre de ce qu'elle voulait dire.
Elle apparut une cinquantaine de mètres plus loin, bondissant sur l'extrémité d'un affleurement de pierre noire, sur la pointe de ses pieds nus.
La peau de Tanya était de couleur argentée à la lueur des étoiles et l'éclat de ses boucles blondes était pâle, presque rose de part leur teinte couleur fraise. L'ambre de ses yeux miroita comme elle m'épiait, à moitié cachée par la neige, et ses lèvres pleines s'étirèrent en un sourire.
Exquise. Si j'avais réellement été capable de la voir. Je soupirai.
Elle s'accroupit sur la pointe de la pierre, le bout de ses doigts touchant la roche, courbée.
Boulet de canon, pensa-t-elle.
Elle s'élança dans les airs. Sa forme devint une ombre obscure et torsadée comme elle retombait en vrille gracieusement entre moi et les étoiles. Elle se roula en boule comme elle frappa le banc de neige à côté de moi.
Un blizzard de neige s'envola autour de moi. Les étoiles s'assombrirent et je fus profondément enseveli sous les éclats légers de la glace.
Je soupirai de nouveau, mais ne bougeai pas pour me déterrer de là. L'obscurité provoquée par la neige n'accentua ni n'atténua la vue. Je voyais toujours le même visage.
« Edward ? »
Puis la neige s'envola de nouveau comme Tanya m'exhumai rapidement. Elle balaya la poudre de mon visage de marbre, ne rencontrant pas tout à fait mes yeux.
« Désolée, murmura-t-elle. C'était une blague.
-Je sais. C'était marrant. »
Elle fit une grimace.
« Irina et Kate ont dit que je ferais mieux de te laisser tout seul. Elles pensent que je t'ennuie.
-Pas du tout, lui assurai-je. Au contraire, c'est moi qui suis impoli – terriblement impoli. Je suis vraiment désolé. »
Tu rentres chez toi, n'est-ce pas ? pensa-t-elle.
« Je ne suis pas encore...sûr de ça. »
Mais tu ne restes pas. Sa pensée était mélancolique maintenant, triste.
« Non. Ca ne semble pas...m'aider. »
Elle grimaça. « C'est de ma faute, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr que non », mentis-je d'un ton doux.
Ne sois pas un gentleman.
Je souris.
Je te mets mal à l'aise, accusa-t-elle.
« Non. »
Elle haussa un sourcil, l'expression tellement incrédule que je ne pus m'empêcher de rire. Un rire court, qui fut suivi par un autre soupire.
« D'accord, admis-je. Un peu. »
Elle soupira aussi et enfouit son menton dans ses mains. Ses pensées étaient emplies de chagrin.
« Tu es mille fois plus jolie que les étoiles, Tanya. Bien sûr, tu le sais déjà. Ne laisse pas mon entêtement ébranler ta confiance. »
Je gloussai face à l'improbabilité de ma phrase.
« Je ne suis pas habituée au rejet, marmonna-t-elle en avançant la lèvre inférieure dans une moue attirante.
-Certainement que non », affirmai-je essayant en vain de bloquer ses pensées comme elle ressassait furtivement le souvenir de ses mille conquêtes. Tanya préférait essentiellement les hommes humains – ils étaient plus appréciés pour leur douceur et leur chaleur. Et ils étaient définitivement toujours passionnés.
« Succube », la taquinai-je espérant arrêter le flot d'images clignotant dans sa tête.
Elle eut un sourire éclatant. « L'authentique. »
A la différence de Carlisle, Tanya et ses s½urs n'avaient découvert leur sens moral que progressivement. Finalement, ce fut leur tendresse pour les hommes humains qui les détournèrent de leur sauvagerie. Dorénavant, les hommes qu'elles aimaient...vivaient.
« Lorsque tu t'es montré ici, » dit lentement Tanya. « J'ai pensé que... »
Je savais ce qu'elle avait pensé. Et j'aurais dû me douter de ce qu'elle aurait ressenti. Mais je n'étais pas au mieux de moi-même pour une analyse de pensées à ce moment-là.
« Tu as cru que j'avais changé d'avis.
-Oui. » Elle se renfrogna.
« Je me sens terriblement mal de jouer avec tes sentiments, Tanya. Je n'ai jamais voulu ça...Je ne réfléchissais pas. C'est juste que je suis parti...précipitamment.
-Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi... ? »
Je m'assieds et enroulai les bras autour de mes jambes, roulé en boule dans une position de défense. « Je ne veux pas en parler. »
Tanya, Irina et Kate vivaient très bien la vie qu'elles avaient choisie. Mieux même, d'une certaine façon, que Carlisle. Malgré la folie qu'était la proximité qu'elles se permettaient avec ceux qui aurait dû être –et furent- leurs proies, elles ne faisaient aucune erreur. J'avais trop honte pour avouer ma faiblesse à Tanya.
« Problèmes de femmes ? » supposa-t-elle, ignorant ma réticence.
Je ris d'un sombre rire. « Pas de la façon dont tu penses. »
Elle plongea alors dans le silence. J'écoutai ses pensées alors qu'elle étudiait une multitude de possibilités différentes, essayant de déchiffrer le sens de mes mots.
« Tu n'en es même pas proche, lui dis-je.
-Un indice ? demanda-t-elle.
-Laisse tomber, Tanya. S'il te plait. »
Elle fut de nouveau silencieuse, spéculant toujours, cependant. Je l'ignorai, essayant en vain d'apprécier la vue des étoiles.
Elle abandonna après un instant de silence, et ses pensées poursuivirent une nouvelle direction.
Où iras-tu, Edward, si tu t'en vas ? Retourneras-tu chez Carlisle ?
« Je ne pense pas », murmurai-je.
Où irais-je ? Je ne parvenais pas à penser à un lieu en ce monde qui susciterait le moindre intérêt pour moi. Il n'y avait rien que je voulais voir ou faire. Parce que, peu importe où je serais, je n'irais jamais quelque part, je fuirais quelque chose.
Je détestais ça. Quand étais-je devenu un tel lâche ?
Tanya enroula un bras mince autour de mes épaules. Je me raidis mais ne me dégageai pas de son étreinte. Elle ne voulait rien apporter d'autre que du réconfort. Essentiellement.
« Je pense que tu y retourneras, dit-elle, une pointe de son ancien accent Russe dans la voix. Peu importe ce qui...ou qui...te hante. Tu feras face. Tu es du genre. »
Ses pensées étaient aussi sûres que ses mots. J'essayai d'adhérer à la vision de moi qu'elle avait dans la tête. Celui qui faisait face. Il était plaisant de penser de nouveau à moi-même de cette manière. Je n'avais jamais douté de mon courage, de mon habileté face aux difficultés, avant cette heure horrible dans une salle de classe de biologie peu de temps avant.
Je lui embrassai la joue, reculant promptement lorsqu'elle tourna le visage vers moi, avançant déjà les lèvres. Elle sourit piteusement devant ma rapidité.
« Merci, Tanya. J'avais besoin d'entendre ça. »
Ses pensées devinrent irascibles. « De rien, je suppose. J'aurais aimé que tu soies plus raisonnable sur certaines choses, Edward. »
« Je suis désolé, Tanya. Tu sais que tu es trop bien pour moi. Je n'ai juste...pas encore trouvé ce que je recherche.
-Eh bien, si tu t'en vas avant que je ne te revoie....au revoir, Edward.
-Au revoir, Tanya. »
En prononçant ces mots, je pouvais le voir. Je pouvais me voir partir. Etre assez fort pour revenir vers le seul lieu où je voulais être. « Merci encore. »
D'un geste agile, elle fut sur pieds, et se mit ensuite à courir, n'étant plus qu'une ombre si rapide que ses pieds n'avaient pas le temps de s'enfoncer dans le sol ; ses pas ne laissaient derrière elle aucune trace. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet l'ennuyait encore plus qu'elle ne le laissait paraître avant, même dans ses pensées. Elle ne voudrait pas me revoir avant que je ne parte.
Chagriné, je fis la moue. Je n'aimais pas blesser Tanya, bien que ses sentiments ne fussent pas totalement purs, et, dans tous les cas, quelque chose que je pouvais lui retourner. Je me sentais toujours bien moins que galant.
Je posai mon menton sur mes genoux et levai de nouveau les yeux vers les étoiles, bien que je fusse soudainement anxieux à l'idée de rentrer chez moi. Je savais qu'Alice me verrait revenir, qu'elle le dirait aux autres. Cela les rendrait heureux –surtout Carlisle et Esmée. Mais je contemplai les étoiles une fois de plus, essayant de faire abstraction du visage qui apparaissait dans ma tête. Entre moi et les lumières éclatantes dans le ciel, une paire d'yeux couleur marron-chocolat perplexe me regardait en retour, semblant demander ce que cette décision signifierait pour elle. Bien sûr, je ne pouvais être sûr de savoir si c'était bel et bien l'information que ses yeux curieux recherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuèrent de me questionner et une vue dégagée des étoiles m'échappait toujours. Poussant un gros soupir, j'abandonnai, et me mis sur pieds. Si je courrais, je serais de retour chez Carlisle en moins d'une heure.
Empressé de voir ma famille –et souhaitant plus que tout être le Edward qui faisait face, je me mis à courir à travers le champ de neige éclairé par la nuit étoilée, ne laissant aucune trace de pas.



* * *


« Ca va aller, » souffla Alice. Son regard se perdait dans le vide, et Jasper lui tenait légèrement le coude, la guidant en avant alors que nous entrions dans la cafétéria décrépie, groupés. Rosalie et Emmett en tête, Emmett ressemblant stupidement à un garde du corps en plein milieu d'un territoire ennemi. Rose se montrait également prudente, mais était bien plus irritée que protectrice.
« Bien sûr que oui, » grognai-je. Leur comportement était grotesque. S'il n'avait pas été certain que je pouvais supporter ce moment, je serais resté à la maison.
Le soudain changement de notre matinée normale, et même joviale –il avait neigé dans la nuit, et Emmett et Jasper avaient profité de mon égarement pour me bombarder de neige fondue ; lorsqu'ils avaient fini par s'ennuyer de mon impassibilité, ils s'étaient retournés l'un contre l'autre –à cet excès de vigilance aurait été comique s'il n'avait pas été aussi irritant.
« Elle n'est pas encore là, mais...vue la façon dont elle va entrer...elle sera protégée des courants d'air si nous nous asseyons à notre place habituelle. »
« Bien sûr que nous nous assiérons à notre place habituelle. Arrête ça, Alice. Tu m'énerves. Tout se passera bien. »
Elle cligna des yeux une fois, alors que Jasper l'aidait à s'asseoir, et ses yeux se posèrent finalement sur moi.
« Mmh, dit-elle, surprise. Je pense que tu as raison.
-Bien sûr que j'ai raison, marmonnai-je. »
Je détestais être le centre de leur attention. Je ressentis une soudaine compassion pour Jasper, me rappelant toutes les fois que nous avions rodé de façon protectrice autour de lui. Il croisa brièvement mon regard, et sourit.
Ennuyant, n'est-ce pas ?
Je grimaçai.
N'était-ce que la semaine dernière que cette pièce grande et terne m'avait semblé si mortellement ennuyante ? Qu'il avait semblé comme dormir, ou être dans le coma, d'être ici ?
Aujourd'hui, mes nerfs étaient fermement étirés –des cordes à piano, tendues pour chanter à la moindre pression. Mes sens étaient extrêmement en alerte. Je scannai chaque son, chaque angle de vision, chaque mouvement de l'air qui touchait ma peau, chaque pensée. Surtout les pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je bloquais, refusais d'utiliser. L'odorat, bien sûr. Je ne respirais pas.
Je m'attendais à en entendre plus sur les Cullens dans les pensées que je fouillais. Toute la journée, j'avais attendu, recherchant une quelconque personne à laquelle Bella Swan aurait pu se confier, essayant de voir quelle direction le nouveau potin prendrait. Mais il n'y avait rien. Personne ne faisait plus attention que d'habitude aux cinq vampires de la cafétéria depuis l'arrivée de la nouvelle. Plusieurs des humains présents pensaient toujours à cette fille, et avaient les mêmes pensées que celles de la semaine précédente. Au lieu de trouver cela indiciblement ennuyant, j'étais maintenant fasciné.
N'avait-elle rien dit à propos de moi ?
Il était impossible qu'elle n'ait pas remarqué mon regard noir et meurtrier. Je l'avais vue y réagir. Sans aucun doute, je l'avais énormément effrayée. J'avais été convaincu qu'elle en aurait parlé à quelqu'un, peut-être même exagérant un peu l'histoire pour la rendre plus intéressante. Me donnant quelques répliques menaçantes.
Sans oublier qu'elle m'avait entendu essayer de déplacer notre cours commun de biologie. Elle avait dû se demander, après avoir vu mon expression, si elle en était la cause. Une fille normale aurait posé des questions, partagé son expérience avec celle des autres, cherché un motif justifiant mon comportement pour qu'elle ne se sente pas seule. Les humains étaient constamment à la recherche d'une façon de se sentir normaux, de s'intégrer. De se mélanger aux autres, comme un troupeau de moutons sans caractère. Ce besoin était particulièrement fort durant les années incertaines de l'adolescence. Cette fille ne ferait pas exception à la règle.
Mais personne ne nous remarqua le moins du monde, assis ici, à notre table habituelle. Bella devait être exceptionnellement timide pour ne s'être confiée à personne. Elle avait peut-être parlé à son père, peut-être leur relation était-elle la plus forte...même si cela semblait peu probable, étant donné le fait qu'elle n'avait passé que très peu de temps avec lui durant toute sa vie. Elle serait plus proche de sa mère. Malgré tout, je devrais passer le plus tôt possible près de chez le Chef Swan et écouter ce qu'il pense.
« Du nouveau ? demanda Jasper.
-Rien. Elle...n'a probablement rien dit. »
A mes mots, ils haussèrent tous un sourcil.
« Peut-être que tu n'es pas aussi effrayant que tu le penses, gloussa Emmett. Je parie que j'aurais pu l'effrayer mieux que ça. »
Je roulai des yeux.
« Je me demande pourquoi... se demanda-t-il, essayant de nouveau d'élucider le mystère du silence de cette fille.
-On en a déjà parlé. Je ne sais pas.
-Elle arrive », murmura Alice. Je me raidis. « Essaie d'avoir l'air humain. »
« Humain, tu dis ? » demanda Emmett.
Il releva le poing droit, dépliant les doigts pour laisser apparaître la boule de neige qu'il avait gardé dans la paume de sa main. Bien sûr, elle n'avait pas fondue. Il l'avait comprimée en un petit bloc de glace bosselé. Il avait les yeux posés sur Jasper, mais ses pensées prenaient une autre direction. Alice le savait également, bien sûr. Lorsqu'il lança violemment le petit morceau de glace vers elle, elle l'éloigna d'une simple chiquenaude. La glace ricocha tout le long de la cafétéria, trop rapidement pour être perçue par des yeux humains, et se fracassa dans un bruit sec contre le mur de briques. Le mur se fissura.
Les gens installés dans ce coin de la salle tournèrent tous la tête pour contempler le tas de glace au sol, puis pivotèrent pour trouver le coupable. Ils ne regardèrent pas plus loin que quelques tables devant. Personne ne nous regarda.
« Très humain, Emmett, dit Rosalie, cinglante. Pourquoi tu ne donnes pas un coup à travers le mur tant qu'on y est ?
-Ca aurait l'air plus impressionnant si tu le faisais, bébé. »
J'essayai de leur prêter mon attention, affichant un sourire comme si je partageais leur badinage. Je ne m'autorisai pas à regarder là où je savais qu'elle se trouvait. Mais je n'écoutais que ça.
Je pouvais entendre l'irritation de Jessica envers la nouvelle, qui semblait distraite, également, se tenant immobile dans la queue. Je vis, dans les pensées de Jessica, que les joues de Bella Swan étaient une fois de plus colorées d'un rose vif.
J'inspirai quelques petites bouffées d'oxygène, prêt à cesser de respirer si une seule once de son odeur me parvenait.
Mike Newton se trouvait en compagnie des deux filles. J'entendais à la fois ses deux voix, mentale et verbale, lorsqu'il demanda à Jessica ce qui se passait avec la fille Swan. Je n'aimais pas la façon dont il pensait à elle, l'image de tous nouveaux fantasmes embuant son esprit alors qu'il l'observait sortir de sa rêverie, comme si elle avait oublié qu'il était là.
« Rien, » entendis-je Bella dire d'une voix basse, claire. Elle sembla sonner comme une cloche par-dessus le brouhaha de la cafétéria, mais je savais que c'était parce que je l'écoutais trop intensément.
« Je ne prendrais qu'un soda, aujourd'hui, » continua-t-elle en rattrapant la file.
Je ne pus m'empêcher de lancer un regard dans sa direction. Elle regardait le sol, le sang s'estompant lentement de son visage. Je portai rapidement les yeux sur Emmett, qui rit à la vue de mon sourire affligé.
Tu à l'air malade, frangin.
Je modifiai les traits de mon visage pour que mon expression semble décontractée et naturelle.
Jessica se posait des questions à voix haute sur le manque d'appétit de la jeune fille. « Tu n'as pas faim ? »
« En fait, je me sens un peu malade. » Sa voix était plus basse, mais toujours très claire.
Pourquoi le souci de protection émanant des pensées de Mike Newton m'ennuyait ? En quoi cela était-il important qu'il y ait ce genre de lien entre eux ? Ca ne me concernait pas si Mike Newton se sentait inutilement anxieux pour elle. Peut-être était-ce la façon dont tout le monde réagissait par rapport à elle. N'avais-je pas voulu, instinctivement, la protéger, aussi ? Certes, avant d'avoir voulu la tuer...
Mais était-elle malade ?
Difficile à déterminer –elle paraissait si fragile avec sa peau translucide...Puis je réalisai que je m'inquiétais aussi, tout comme cet idiot, et je me forçai à ne pas penser à sa santé.
Quoiqu'il en soit, je n'aimais pas la surveiller à travers les pensées de Mike. Je passai à celles de Jessica, observant attentivement alors que les trois choisirent à quelle table s'asseoir. Heureusement, ils s'assirent à côté des compagnons habituels de Jessica, à l'une des premières tables de la pièce. Protégée des courants d'air, comme Alice avait promis.
Celle-ci me donna un coup de coude. Elle va bientôt regarder par là, agis comme un humain.
Je serrai les dents derrière mon sourire.
« Calme-toi, Edward, dit Emmett. Honnêtement. Admettons que tu tues un humain. Ce n'est pas la fin du monde.
-Si tu savais », murmurai-je.
Emmett rit. « Tu dois apprendre à passer au-dessus de ce genre de choses. Comme je le fais. L'éternité est trop longue pour la passer à se complaire dans la culpabilité.
A ce moment précis, Alice projeta une petite poignée de glace qu'elle avait cachée au visage à l'expression crédule d'Emmett.
Il cligna des yeux, surpris, puis afficha un sourire, excité.
« Tu l'auras voulu, » dit-il en se penchant par-dessus la table et secouant ses cheveux incrustés de glace dans sa direction. La neige, fondant à la chaleur de la pièce, ruissela de ses cheveux en une épaisse chute moitié-liquide, moitié-glacée.
« Berk ! » se plaignit Rosalie, tandis qu'avec Alice, elle reculèrent face au déluge.
Alice rit et nous nous joignîmes tous à la partie. Je pus voir dans la tête d'Alice à quel point elle avait orchestré ce moment parfait, et je savais que la fille –je devais arrêter de penser à elle de cette manière, comme si elle était la seule fille au monde –que Bella nous regarderait rire et jouer, semblant aussi heureux et humains et idéaux de manière irréaliste telle une peinture de Norman Rockwell.
Alice continuait de rire et tenait son plateau devant elle comme un bouclier. La fille...Bella devait nous regarder.
...regarde encore les Cullens, pensa quelqu'un, attirant mon attention.
Mon regard se porta automatiquement dans la direction de l'appel inintentionnel, réalisant alors que mes yeux trouvaient leur destination que je reconnaissais la voix –je l'avais tellement écoutée aujourd'hui.
Mais mes yeux glissèrent pour se fixer sur le regard pénétrant de la fille.
Elle baissa rapidement la tête, se cachant de nouveau derrière ses cheveux épais.
A quoi pensait-elle ? La frustration semblait s'accentuer au fil du temps, au lieu de diminuer. J'essayai –incertain de ce que je faisais, n'ayant jamais essayé cela avant –de sonder le silence qui l'entourait à l'aide de mon esprit. Mon ouïe surdéveloppée était toujours venue à moi naturellement, sans appel ; il ne m'avait jamais fallu y travailler. Mais je me concentrai maintenant, essayant de passer à travers quelque bouclier qui l'aurait entourée.
Il n'y avait que le silence.
Qu'est-ce que ne va pas chez elle ? pensa Jessica, faisant écho à ma propre frustration.
« Edward Cullen te regarde », murmura-t-elle à l'oreille de la fille Swan, avec un rire stupide. Il n'y avait aucune pointe de sa jalousie maladive dans son ton. Jessica semblait exceller dans l'art de feindre l'amitié.
J'écoutai, absorbé, la réponse de la fille.
« Il n'a pas l'air en colère, si ? » murmura-t-elle en retour.
Alors elle avait remarqué ma réaction sauvage la semaine précédente. Evidemment.
La question laissa Jessica perplexe. Je vis mon propre visage dans ses pensées comme elle étudia mon expression, mais je ne rencontrai pas regard. Je me concentrai toujours sur la fille, essayant d'entendre quelque chose. Ma focalisation intense ne semblait absolument d'aucune aide.
« Non, » lui dit Jess, et je sus qu'elle aurait souhaité pouvoir dire oui, ne digérant toujours pas mon regard, même s'il n'y en avait aucune trace dans sa voix. « Il devrait ? »
« Je pense qu'il ne m'aime pas, » murmura la fille en retour, laissant reposer sa tête contre son bras comme si elle était soudainement fatiguée. Je tentai de comprendre le mouvement, mais je ne pouvais que faire des suppositions. Peut-être était-elle fatiguée.
« Les Cullens n'aiment personne, » la rassura Jess. « En fait, ils ne remarquent pas assez les autres pour les aimer. » Et ce depuis toujours. Sa pensée n'était qu'une plainte râleuse. « Mais il te mate toujours.
-Arrête de le regarder, dit la fille, anxieuse, relevant la tête pour s'assurer que Jessica obéisse.
Jessica rit, mais fit ce qu'on lui demanda.
La fille ne regarda pas plus loin que sa table durant tout le reste de l'heure. Je pensais –même si, bien sûr, je ne pouvais être sûr, que c'était délibéré. Il semblait qu'elle voulait me regarder. Son corps se déplaçait dans ma direction, son menton commençait à se tourner vers moi, puis elle se reprenait, inspirait profondément, et regardait fixement quiconque était en train de parler.
J'ignorai la plupart des autres pensées autour, n'étant pas, momentanément, à propos d'elle. Mike Newton planifiait une bataille de boules de neige, dans le parking, après l'école, ne semblant pas réaliser que la neige avait déjà commencé à se changer en pluie. Le virevoltement des doux flocons de neige n'était devenu qu'un amas de gouttes de pluie qui perlaient le long du toit. N'entendait-il vraiment pas le changement ? Il me paraissait bruyant.
Lorsque la pause déjeuner pris fin, je restai sur ma chaise. Les humains sortirent et je me surpris à essayer de distinguer le son de ses pas parmi les autres, comme s'il y avait quelque d'important ou d'inhabituel à leur propos. Stupide.
Ma famille n'esquissa aucun mouvement pour sortir, non plus. Ils attendaient de voir ce que je ferais.
Irais-je en classe, m'asseoir à côté de la fille où je pourrais sentir le parfum si stupidement puissant de son sang et la chaleur de son pouls dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour ça ? Où en avais-je eu assez pour la journée ?
« Je...pense que c'est bon, dit Alice, hésitante. Ton esprit est prêt. Je pense que tu pourras supporter l'heure. »
Mais Alice ne savait que trop bien à quelle vitesse un esprit pouvait changer.
« Pourquoi te forcer, Edward ? » demanda Jasper. Même s'il ne voulait pas se sentir suffisant du fait que je sois celui qui était faible maintenant, je pouvais entendre qu'il l'était, un peu. « Rentre à la maison. Vas-y doucement. »
« Où est le problème ? protesta Emmett. Soit il la tuera, soit non. Et dans les deux cas, il apprendra à faire avec.
-Je ne veux pas partir maintenant, se plaignit Rosalie. Je ne veux pas recommencer. Nous avons presque fini le lycée, Emmett. Enfin. »
J'étais également déchiré entre les deux options. Je voulais, vraiment, faire face la tête haute, plutôt que de fuir encore une fois. Mais je ne voulais pas trop insister, non plus. C'avait été une erreur la semaine précédente pour Jasper de ne pas avoir été chassé depuis si longtemps ; cela était-il une erreur absurde ?
Je ne voulais pas déraciner ma famille. Aucun d'eux ne m'en remercierait.
Mais je voulais assister à mon cours de biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.
Ce fut ce qui me décida. Cette curiosité. Ressentir ça me mettait en colère contre moi-même. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserais pas le silence de l'esprit de cette fille m'intéresser outre mesure ? Et pourtant, c'était le cas. Plus intéressé que jamais.
Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Son esprit était fermé, mais ses yeux étaient grands ouverts. Peut-être pourrais-je y lire à travers.
« Non, Rose, je pense vraiment que ça ira, dit Alice. Ca...se raffermit. Je suis à 93% sûre qu'il ne se passera rien de grave s'il va en classe. »
Elle me scruta du regard, se demandant ce qui, dans mes pensées, avait changé et rendu ses visions plus sûres.
La curiosité était-elle assez pour garder Bella Swan en vie ?
Encore que, Emmett avait raison –pourquoi ne pas passer au-dessus de tout ça ? Je ferais face à la tentation la tête haute.
« Allez en classe, » ordonnai-je, m'éloignant de la table. Je me détournai et m'éloignai à grands pas sans un regard en arrière. Je pouvais entendre l'inquiétude d'Alice, les critiques de Jasper, l'approbation d'Emmett, et l'irritation de Rosalie me suivre.
Je pris une dernière inspiration profonde devant la porte de la salle de classe et la retins dans mes poumons comme je pénétrai dans la chaleureuse et petite pièce.
Je n'étais pas en retard. Mr Banner était encore en train de préparer le cours d'aujourd'hui. La fille était assise à ma –à notre table, la tête à nouveau baissée, contemplant la chemise de classement sur laquelle elle gribouillait. En approchant, j'examinai le croquis, intéressé par cette création futile de son esprit, mais il était dépourvu de sens. Un simple barbouillage de boucles dans des boucles. Peut-être n'était-elle pas concentrée sur le dessin mais pensait à autre chose ?
Je tirai ma chaise avec une brutalité inutile, la laissant racler le lino ; les humains se sentaient toujours plus à l'aise lorsqu'un bruit annonçait l'arrivée de quelqu'un.
Je savais qu'elle avait entendu ; elle ne leva pas les yeux, mais sa main rata une boucle dans le motif qu'elle dessinait ce qui le disproportionna.
Pourquoi ne levait-elle pas la tête ? Elle était probablement effrayée. Je devais m'assurer de lui laisser une meilleure impression de moi cette fois. Lui faire penser qu'elle s'était imaginé des choses.
« Salut, » dis-je de la voix calme que j'utilisais lorsque je voulais mettre les humains en confiance, laissant se former sur mes lèvres un sourire poli qui ne découvrirait pas mes dents.
Elle leva alors la tête, les yeux effrayés –presque perplexes– et emplis de questions silencieuses.
En observant ces yeux couleur marron étrangement profonds, je réalisai que la haine –que j'avais imaginée justifiée par la simple existence de cette fille– s'était évaporée. Ne respirant plus, n'humant plus son odeur, il était difficile d'imaginer que quelqu'un d'aussi vulnérable puisse inspirer de la haine.
Ses joues commencèrent à rosir, et elle ne dit rien.
Je n'éloignai pas mon regard du sien, me concentrant sur la profondeur de ses yeux inquisiteurs, et tentai d'ignorer la couleur appétissante de sa peau. Je contenais encore assez d'air pour parler pendant un petit moment sans inhaler.
« Je m'appelle Edward Cullen, » dis-je, bien que je savais qu'elle le savait déjà. C'était la façon la plus polie de commencer. « Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter la semaine dernière. Tu dois être Bella Swan. »
Elle semblait confuse –il y avait à nouveau cette petite plissure entre ses yeux. Il lui fallu une demi-seconde de plus que la norme pour répondre.
« Comment tu connais mon nom ? » demanda-t-elle, et sa voix ne tremblait qu'un peu.
J'avais vraiment dû la terrifier. Alors je me sentis coupable ; elle était tellement sans défense.
J'eus un rire doux. Un son qui, je le savais, mettais les humains à l'aise. Là encore, j'étais prudent avec mes dents.
« Oh, je pense que tout le monde connaît ton nom. » Elle devait bien avoir remarqué qu'elle était devenue le centre d'attention de ce lieu monotone. « La ville entière n'attendait que ton arrivée. »
Elle fronça les sourcils, comme si cette information était déplaisante. Je supposai que, aussi timide qu'elle devait être, l'attention semblait être une mauvaise chose pour elle. La plupart des humains pensaient le contraire. Même s'ils ne souhaitaient pas être différents des autres, ils avaient un besoin maladif de se retrouver sous les projecteurs.
« Non, dit-elle. Je veux dire, pourquoi m'as-tu appelée Bella ?
-Préfères-tu Isabella ? » demandai-je, étonné par le fait que je ne pouvais voir où cette question menait. Je ne comprenais pas. Elle avait assurément manifesté sa préférence plusieurs fois ce jour-là. Les humains étaient-ils tous incompréhensibles sans le guide qu'était leur contexte mental ?
« Non, j'aime Bella, » répondit-elle, penchant légèrement la tête de côté. Son expression –si je la lisais correctement –affichait à la fois de l'embarras et de la confusion. « Mais je pense que Charlie –je veux dire, mon père –doit m'appeler Isabella dans mon dos. C'est sous ce nom que tout le monde semble me connaître ici. » Sa peau se colora d'un rose plus intense.
« Oh, » dis-je mollement, détournant rapidement le regard de son visage.
Je venais de réaliser ce que signifiaient ses questions : j'avais gaffé –fait une erreur. Si je n'avais pas espionné les autres ce premier jour, alors je me serais initialement adressé à elle en citant son prénom complet, comme tout le monde. Elle avait remarqué la différence.
Je ressentis une pointe de malaise. Elle avait rapidement détecté ma bourde. Très astucieux, surtout pour quelqu'un qui était sensé être terrifié par ma proximité.
Mais j'avais de plus gros problèmes que les suspicions qu'elle pouvait cacher à mon propos dans son esprit clos.
Je n'avais plus d'air. Si je lui parlais de nouveau, je devrais inhaler.
Il serait dur d'éviter de parler. Malheureusement pour elle, partager cette table faisait d'elle mon binôme, et nous devrions travailler ensemble aujourd'hui. Il serait étrange –et incompréhensiblement impoli –de l'ignorer pendant la séance. Elle n'en serait que plus suspicieuse, plus terrifiée...
Je m'éloignai d'elle le plus possible sans bouger mon siège, tournant la tête vers l'allée. Je me préparai, contractai les muscles, et inspirai une grand bouffée d'air par la bouche.
Ahh !
C'était réellement douloureux. Même sans renifler son odeur, je pouvais la goûter sur ma langue. Ma gorge était à nouveau en feu, la soif tout aussi intense que la première fois que j'avais capturé son parfum.
Je serrai les dents, et tentai de me ressaisir.
« Commencez, » ordonna Mr Banner.
Il me fallut chaque once du self contrôle que j'avais amassé en soixante-dix ans de dur travail pour me tourner vers la fille, qui avait les yeux rivés sur la table, et sourire.
« Les dames d'abord ? » offris-je.
Elle me regarda, et son visage n'afficha plus rien, les yeux grands ouverts. Y avait-il quelque chose de mauvais dans mon expression ? Etait-elle à nouveau effrayée ? Elle ne parla pas.
« Ou, je pourrais commencer, si tu le souhaites, dis-je calmement.
-Non, dit-elle, et son visage passa de nouveau du blanc au rouge. Je commence. »
Je regardai le matériel sur la table, le microscope abîmé, la boîte contenant les lamelles, plutôt que le sang battant sous sa peau claire. J'inspirai rapidement une autre bouffée, entre les dents, et grimaçai comme la saveur fit souffrir ma gorge.
« Prophase, » dit-elle après une courte examination. Elle commença à retirer la lame, bien qu'elle l'aie à peine examinée.
« Je peux regarder ? » Instinctivement –stupidement, comme si j'étais l'un des siens –j'attrapai sa main pour l'empêcher de retirer la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur de sa peau brûla la mienne. Ce fut comme impulsion électrique –sans doute beaucoup plus chaude que 37°C. La chaleur me traversa la main jusque dans le bras. Elle retira vivement sa main de sous la mienne.
« Désolé, » murmurai-je entre mes dents. Ayant besoin de regarder quelque part, j'empoignai le microscope, et regardai brièvement dans l'oculaire. Elle avait raison.
« Prophase, » affirmai-je.
J'étais toujours trop perturbé pour la regarder. Respirant aussi calmement que possible entre mes dents, et tentant d'ignorer la soif ardente, je me concentrai sur le simple travail, inscrivant le mot sur la ligne appropriée de la feuille d'expérience, puis remplaçai la lame par la suivante.
A quoi pensait-elle maintenant ? Qu'avait-elle ressenti, lorsque j'avais touché sa main ? Ma peau avait dû être glacée, rebutante. Son silence n'était donc pas surprenant.
Je jetai un coup d'½il à la lame.
« Anaphase, » me dis-je à moi-même en l'inscrivant sur la seconde ligne.
« Je peux ? » demanda-t-elle.
Je levai les yeux vers elle, surpris de la voir patienter avec aspiration, une main à moitié tendue vers le microscope. Elle ne semblait pas effrayée. Pensait-elle vraiment que j'avais pu me tromper ?
Je ne pus m'empêcher de sourire face au regard d'espoir qui s'afficha sur son visage alors que je faisais glisser le microscope vers elle.
Elle regarda dans l'oculaire avec une avidité qui s'évanouit rapidement. Les coins de sa bouche s'affaissèrent.
« Troisième lame ? » demanda-t-elle, ne détournant pas les yeux du microscope, mais levant la main. Je laissai tomber la lame dans sa main, ne laissant pas ma peau s'approcher de trop près de la sienne, cette fois. Se tenir assis près d'elle était comme se tenir assis près d'une lampe chauffante. Je pouvais sentir mon être se réchauffer légèrement à la haute température.
Elle ne regarda pas la lame très longtemps. « Interphase, » dit-elle nonchalamment –essayant peut-être un peu trop résonner sur ce ton –et elle poussa le microscope vers moi.
Elle ne toucha pas à sa feuille, mais attendit que j'écrive la réponse. Je vérifiai –elle avait de nouveau raison.
Nous terminâmes de cette façon, laissant échapper un mot de temps à autre, sans jamais croiser le regard de l'un et l'autre. Nous étions les seuls à avoir fini –les autres avaient moins de facilité avec l'expérience. Mike Newton semblait avoir des difficultés à se concentrer –il essayait de nous observer Bella et moi.
Il aurait dû rester où il était, pensait-il, me regardant avec hargne. Mmh, intéressant. Je n'avais pas réalisé que le garçon nourrissait une certaine hostilité à mon encontre. Ceci était un nouveau développement, aussi récent que l'arrivée de la fille apparemment. Encore plus intéressant, je découvris –à ma surprise –que le sentiment était réciproque.
Je posai à nouveau le regard sur la fille, surpris que, malgré son apparence banale, paisible, elle puisse bouleverser ma vie.
Ce n'était pas que je ne pouvais voir ce que Mike déblatérait. Elle était en fait assez jolie...d'une manière inhabituelle. Plutôt que beau, son visage était intéressant. Pas exactement proportionnel, le menton exigu et déséquilibré par rapport à ses grandes joues ; extrême dans les couleurs –le contraste lumineux et sombre de sa peau et ses cheveux ; et ensuite, il y avait les yeux, emplis de secrets silencieux.
Yeux qui étaient soudainement encrés dans les miens.
Je lui rendis son regard, essayant de déchiffrer un seul de ces secrets.
« Est-ce que tu portes des lentilles ? » demanda-t-elle brutalement.
Quelle étrange question. « Non ». Je souris presque à l'idée d'améliorer ma vue.
« Oh, marmonna-t-elle. Je pensais qu'il y avait quelque chose de différent à propos de tes yeux. »
Je me sentis subitement plus froid encore en réalisant que je n'étais apparemment pas le seul à tenter de découvrir des secrets.
Je haussai les épaules, raide, et fixai mon regard en ligne droite là où le professeur faisait ses tournées dans la classe.
Bien sûr qu'il y avait quelque chose de différent à propos de mes yeux depuis la dernière qu'elle les avait observés. Pour me préparer à l'épreuve d'aujourd'hui, à la tentation, j'avais passé le week-end entier à chasser, assouvissant ma soif autant que possible, même plus que besoin. Je m'étais nourri avec excès du sang des animaux, et ça ne changeait pas grand-chose à la saveur atroce flottant dans l'air autour d'elle. Lorsque je l'avais regardée la dernière fois, mes yeux avaient été noircis par la soif. Maintenant, le sang baignant dans mon corps, mes yeux étaient d'un or plus chaleureux. Ambre légère venant de ma tentative excessive d'étancher ma soif.
Une autre erreur. Si j'avais vu où elle voulait en venir, je lui aurais simplement répondu oui.
Je m'étais assis à côté d'être humains dans cette école pendant près de deux ans, et elle était la première à m'examiner assez soigneusement pour noter le changement de couleur de mes yeux. Les autres, occupés à admirer la beauté de ma famille, avaient tendance à détourner les yeux dès que nous retournions leurs regards. Ils se tenaient à l'écart, bloquaient les détails de notre apparence dans l'effort instinctif de se préserver de la vérité. L'ignorance était une félicité pour l'esprit humain.
Pourquoi était-ce cette fille qui percevait trop de choses ?
M. Banner s'approcha de notre table. Avec gratitude, j'inhalai la grande bouffée d'air pur qu'il apporta avec lui avant qu'elle ne puisse se mêler à son odeur.
« Alors, Edward, » dit-il, jetant un coup d'½il à nos réponses. « N'avez-vous pas pensé qu'Isabella puisse avoir une chance avec le microscope ? »
« Bella, » le corrigeai-je par réflexe. « En fait, elle en a identifié trois sur cinq. »
Les pensées de M. Banner étaient sceptiques comme il se tourna pour regarder la fille. « Avez-vous déjà fait cette expérience auparavant ? »
J'observais, captivé, comme elle sourit, semblant légèrement embarrassée.
« Pas avec une racine d'oignon.
-De la blastula de féra ? questionna M. Banner.
-Oui. »
Ceci le surprit. L'expérience d'aujourd'hui était quelque chose qu'il avait tiré d'un cours supérieur. Il hocha pensivement la tête.
« Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
-Oui. »
Elle était avancée donc, intelligente pour une humaine. Cela ne me surprit pas.
« Eh bien, » dit M. Banner en faisant une moue. « Je suppose qu'il vaille mieux que vous soyez partenaires. » Il se détourna et s'éloigna en marmonnant tout bas 'et les autres gosses auront une chance d'apprendre quelque chose'. Je doutais que la fille ait pu entendre ça. Elle recommença à gribouiller des boucles sur sa chemise cartonnée.
Deux erreurs en une demi-heure. Une très pauvre exposition de ma part. Même si je n'avais aucune idée de ce que la fille pouvait penser de moi –à quel point avait-elle peur, jusqu'où allaient ses soupçons ? –je savais qu'à partir de maintenant j'avais besoin de faire un effort pour lui laisser de moi une nouvelle impression. Quelque chose qui noierait les souvenirs féroces de notre dernière rencontre.
« C'est dommage pour la neige, n'est-ce pas ? » dis-je, répétant la petite discussion que j'avais entendue de le part d'une douzaine d'élèves déjà. Un sujet de conversation banal, et ennuyeux. Le temps –une valeur sûre.
Elle me dévisagea avec un doute évident dans les yeux –une réaction anormale face à de si simples mots. « Pas vraiment, » dit-elle, me surprenant une fois encore.
Je tentai de rediriger la conversation vers une trajectoire banale. Elle venait d'un lieu beaucoup plus chaud, lumineux –d'une certaine manière, sa peau semblait en renvoyer l'image, malgré sa blancheur –et le froid devait lui être désagréable. Mon touché glacial avait dû l'être...
« Tu n'aimes pas le froid, supposai-je.
-Ni l'humidité, renchérit-elle.
-Forks doit être un lieu difficile à supporter pour toi. » Tu n'aurais peut-être pas dû venir ici, voulus-je ajouter. Peut-être devrais-tu retourner là où est ta place.
Je n'étais pas certain de le vouloir, cependant. Je me rappellerai toujours de l'odeur de son sang –y avait-il une quelconque garantie que je ne finirais pas par la traquer ? De plus, si elle s'en allait, son esprit demeurerait un mystère pour toujours. Un puzzle constant, indestructible.
« Tu n'as pas idée, » dit-elle d'une voix faible, gratifiant le vide d'un regard noir pendant un instant.
Ses réponses n'étaient jamais celles que j'attendais. Elles me rendaient encore plus curieux à chaque fois.
« Pourquoi es-tu venue ici, alors ? » demandai-je, réalisant instantanément que mon ton était trop accusateur, suffisamment pas assez désinvolte pour la conversation. La question sonnait impolie, indiscrète.
« C'est...compliqué. »
Elle cligna des yeux, ces grands yeux qu'elle avait, sans rien ajouter d'autre, et j'implosai presque de curiosité –elle me brûla avec une intensité égale à celle de ma soif. En fait, je réalisai qu'il m'était légèrement plus facile de respirer ; l'agonie devenait plus supportable à travers la familiarité.
« Je pense pouvoir suivre, » insistai-je. Peut-être que la simple courtoisie la pousserait à continuer de répondre à mes questions le temps durant lequel je serais assez impoli pour les poser.
Elle baissa les yeux sur ses mains, silencieuse. Cela me rendit impatient ; je voulais glisser ma main sous son menton et lui relever la tête, pour pouvoir lire dans ses yeux. Mais il serait stupide –dangereux– de ma part de toucher à nouveau sa peau.
Elle releva soudainement le regard. C'était un soulagement d'être à nouveau capable de voir les émotions dans ses yeux. Elle parla avec hâte, se pressant à travers les mots.
« Ma mère s'est remariée. »
Ah, voila qui était assez humain, facile à comprendre. La tristesse traversa ses yeux clairs et ramena ce petit pli entre les deux.
« Ca ne me semble pas si complexe, » dis-je. Ma voix était douce, sans même que je me force. La tristesse de sa voix me laissait étrangement impuissant, me donnait le souhait de faire quelque chose pour qu'elle se sente mieux. « Quand ? »
« En Septembre dernier. » Elle expira profondément. Pas exactement un soupir. Je retins ma respiration comme son souffle chaud balaya mon visage.
« Et tu ne l'aimes pas, supposai-je, quêtant le plus d'informations.
-Non, Phil est sympa, » dit-elle, corrigeant ma supposition. Une ébauche de sourire se dessinait maintenant aux coins de ses lèvres pleines. « Trop jeune, peut-être, mais c'est quelqu'un de bien. »
Ceci ne collait pas avec le scénario que j'avais monté dans ma tête.
« Pourquoi tu n'es pas restée avec eux ? » demandai-je, d'un ton un peu trop curieux. J'avais l'impression d'être un fouineur. Ce qui était le cas.
« Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel. » Le petit sourire s'agrandit ; ce choix de carrière l'amusait.
Je souris, aussi, sans le vouloir. Je n'essayais pas de la mettre à l'aise. Son sourire me donnait simplement envie de lui sourire en retour –de m'immiscer dans le secret.
« Ai-je pu entendre parler de lui ? » Je parcourus les listes de joueurs professionnels dans ma tête, me demandant quel Phil était le sien...
« Probablement pas. Il ne joue pas très bien. » Un autre sourire. « Il ne fait que des championnats de second ordre. Il se déplace beaucoup. »
Dans ma tête, les listes changèrent instantanément, et en l'espace d'une seule seconde, j'avais catalogué une liste de possibilités. A la fois, j'imaginais un nouveau scénario.
« Et ta mère t'as envoyée ici pour qu'elle puisse l'accompagner, » dis-je.
Faire des suppositions semblait lui soutirer plus d'informations que les questions elles-mêmes. Une fois encore, ça fonctionna. Elle releva le menton, et elle afficha soudainement une expression obstinée.
« Non, elle ne m'a pas envoyée ici, » dit-elle, et sa voix avait un ton nouveau, tranchant.
Ma supposition l'avait énervée, même si je ne pouvais savoir pourquoi. « Je suis venue de moi-même. »
Je ne pouvais deviner ni ce qu'elle voulait dire, ni la source de son irritation. J'étais complètement perdu.
Alors j'abandonnai. Cette fille était simplement incompréhensible. Elle n'était pas comme n'importe quel être humain. Peut-être que le silence de ses pensées, et le parfum de son odeur n'étaient pas les seuls détails inhabituels de sa personne.
« Je ne comprends pas, » admis-je, détestant céder.
Elle soupira, et me regarda dans les yeux, plus longtemps que la plupart des humains normaux n'en étaient capables.
« Au début, elle restait avec moi, mais il lui manquait, » expliqua-t-elle lentement, son ton devenant de plus en plus désespéré à chaque mot. « Elle était malheureuse... alors j'ai décidé qu'il était temps que je vienne passer quelques moments avec Charlie. »
Le petit pli entre ses yeux se creusa.
« Mais maintenant, c'est toi qui est malheureuse, » murmurai-je. Il semblait que je ne pouvais m'empêcher de formuler mes hypothèses à voix haute, espérant apprendre de ses réactions. Celle-ci, pourtant, ne sembla pas si loin du point ciblé.
« Et ? » dit-elle, comme si ce n'était même pas un élément à prendre en considération.
Je continuai de la fixer dans les yeux, ayant l'impression que j'avais finalement pu entrevoir quelque chose de vrai à travers son âme. Je vis dans ce mot unique à quel niveau elle se plaçait elle-même dans ses priorités. Contrairement à la plupart des autres humains, ses propres besoins ne se situaient qu'au bout de la liste.
Elle était dévouée.
En découvrant cela, le mystère de la personne qui se cachait derrière cet esprit si calme commença à s'affiner un peu.
« Ca ne me semble pas juste, » dis-je. Je haussai les épaules, essayant de paraître désintéressé, essayant de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
Elle rit, mais il n'y avait dans ce son aucun amusement. « Personne ne te l'a jamais dit ? La vie n'est pas juste. »
Je voulais rire à ses mots, même si, moi-même, je ne ressentais aucun amusement. J'en connaissais quelque chose sur l'injustice de la vie. « Je crois avoir déjà entendu ça auparavant. »
Elle tourna le regard vers moi, semblant à nouveau confuse. Ses yeux vacillèrent dans une autre direction, avant de revenir sur moi.
« Alors voila, c'est tout, » dit-elle.
Mais je n'étais pas prêt à laisser la conversation se terminer. Le petit V entre ses yeux, vestige de son chagrin, m'ennuyait. Je voulais l'adoucir du bout de mon doigt. Mais, bien sûr, je ne pouvais pas la toucher. C'était imprudent pour tant de raisons.
« Tu joues bien la comédie, » dis-je lentement, considérant toujours cette prochaine hypothèse. « Mais je pourrais parier que tu souffres plus que ce que tu ne laisses voir. »
Elle grimaça, plissa les yeux, et sa bouche se tordit en une moue de travers, et elle jeta un regard en face, vers les autres élèves. Elle n'appréciait pas que j'aie raison. Elle n'était pas le martyr typique –elle ne voulait pas d'un public pour témoigner de sa douleur.
« Ai-je tort ? »
Elle tressaillit légèrement, mais fit comme si elle ne m'avait pas entendu.
Cela me fit sourire. « Je ne pense pas. »
« En quoi cela a-t-il de l'importance pour toi ? demanda-t-elle, irritée, le regard au loin.
-C'est une très bonne question, » admis-je, plus pour moi-même que pour elle.
Son discernement était meilleur que le mien. Elle percevait directement le centre des choses, tandis que je me démenais sur les bords, fouillant aveuglément à travers les indices. Les détails de sa vie humaine ne devraient pas avoir d'importance pour moi. Il n'était pas dans mon intérêt de me soucier de ce qu'elle pensait. Au-delà de la protection de ma famille des suspicions, les pensées humaines étaient insignifiantes.
Je n'étais pas habitué à être le moins intuitif dans une confrontation à deux. Je ne me reposais que trop sur mon don –je n'étais clairement pas aussi perspicace que je le pensais.
La fille soupira, et lança un regard noir vers le devant de la salle de classe. Il y avait dans son expression frustrée quelque chose d'humoristique. La situation, la conversation elles-mêmes étaient humoristiques. Il n'y avait personne d'autre qui n'avait jamais été plus en danger auprès de moi que cette petite fille –à n'importe quel moment, je pouvais, distrais par ma ridicule absorption dans cette conversation, inhaler à travers mon nez et l'attaquer avant de ne pouvoir m'arrêter –et elle était irritée parce que je n'avais pas répondu à sa question.
« Je t'ennuie ? » demandai-je, souriant face à l'absurdité de tout ça.
Elle me jeta un coup d'½il, et ses yeux semblèrent alors être pris au piège par mon regard.
« Pas exactement, » dit-elle. « Je m'ennuie plutôt moi-même. Mon visage est si facile à lire –ma mère m'appelle son livre ouvert. »
Elle fronça les sourcils, se renfrognant.
Ebahi, je la regardai. La raison pour laquelle elle était en colère était qu'elle pensait que je voyais à travers elle trop facilement. Comme c'était bizarre. Je n'avais jamais dépensé autant d'efforts pour tenter de comprendre quelqu'un, durant toute ma vie –ou mon existence, puisque vie n'était pas vraiment le bon mot. Je n'avais pas réellement une vie.
« Au contraire, » divergeai-je, me sentant étrangement...prudent, comme s'il y avait quelque danger caché que je n'avais pu trouver. J'étais soudainement tendu, ma prémonition me rendait anxieux. « Je te trouve très difficile à déchiffrer. »
« Tu dois être bon lecteur, alors, » supposa-t-elle, faisant sa propre hypothèse qui, une fois de plus, atteignit la cible.
« En général, » affirmai-je.
Je lui souris ensuite largement, laissant mes lèvres découvrir une rangée de dents brillantes et aussi tranchantes que des rasoirs.
C'était une chose stupide à faire, mais j'étais abruptement, soudainement désespéré de faire naître quelque sorte d'alerte chez la fille. Son corps était plus proche de moi qu'avant, s'étant déplacé inconsciemment durant notre conversation. Tous les petits signes et indices qui étaient suffisants pour effrayer le reste de l'humanité ne semblaient avoir aucun effet sur elle. Pourquoi ne s'éloignait-elle pas de moi dans la terreur ? Elle en avait sans doute vu assez de mon sombre côté pour réaliser le danger, intuitive comme elle était.
Je n'eus pas l'occasion de voir si ma mise en alerte avait eu l'effet attendu. M. Banner réclama l'attention de la classe à ce moment précis, et elle se détourna aussitôt de moi. Elle semblait légèrement soulagée de l'interruption, alors peut-être comprenait-elle inconsciemment.
Je l'espérais.
Je reconnus la fascination grandissante à l'intérieur de moi, même si je tentai la déraciner. Je ne pouvais me permettre de trouver Bella Swan intéressante. Ou plutôt, elle ne pouvait le permettre.
J'étais déjà nerveux à l'idée d'une autre occasion de lui parler. Je voulais en savoir plus à propos de sa mère, de sa vie avant qu'elle ne vienne ici, de sa relation avec son père. Tous les détails insignifiants qui n'étofferaient que plus sa personnalité. Mais chaque seconde que je passais avec elle était une erreur, un risque qu'elle ne devait prendre.
Distraitement, elle secoua son épaisse chevelure juste au moment où je m'autorisais une autre bouffée d'air. Un flot particulièrement concentré de son odeur frappa le fond de ma gorge.
Ce fut comme le premier jour –comme la boule de neige dévastatrice. La douleur de la sécheresse ardente me donna le vertige. Il me fallut agripper à nouveau la table pour m'empêcher de bouger de mon siège. Cette fois, j'avais légèrement plus de contrôle. Je ne brisai rien, au moins. Le monstre rugit à l'intérieur de moi, mais ne prit aucun plaisir à ma douleur. Il était bien trop restreint. Pour le moment.
Je m'arrêtai complètement de respirer, et m'éloignai de la fille aussi loin que possible.
Non, je ne pouvais pas me permettre de la trouver fascinante. Plus je la trouvais intéressante, plus il était probable que je la tue. J'avais déjà laissé deux petites choses m'échapper aujourd'hui. Ferai-je une autre erreur, qui elle ne serait pas mineure ?
Dès que la sonnerie retentit, je pris la fuite –détruisant probablement quelque impression de politesse que j'avais pu à moitié construire au cours de l'heure.
Là encore, je haletai à l'air pur, humide de l'extérieur comme si cela m'était curatif. Je me hâtai pour mettre autant de distance que possible entre la fille et moi.
Emmett m'attendait devant la salle de classe de notre cours d'Espagnol. Il lut mon expression sauvage pendant un moment.
Comment ça s'est passé ? se demanda-t-il prudemment.
« Personne n'est mort, » marmonnai-je.
Je suppose que c'est déjà ça. Lorsque j'ai vu Alice se pointer là-bas à la fin, j'ai pensé...
Comme nous entrions dans la salle, je vis dans sa mémoire ce qui s'était passé à peine quelques instants plus tôt, je vis à travers la porte ouverte de son dernier cours : Alice marchant de façon brusque, le visage inexpressif, vers le bâtiment des sciences. Je ressentis son désir de se lever pour aller la rejoindre, puis sa décision de rester. Si Alice avait besoin de son aide, elle demanderait...
Je fermai les yeux d'horreur et de dégoût comme je m'effondrai sur ma chaise. « Je n'avais pas réalisé que j'en étais si prêt. Je ne pensais pas que j'allais...Je n'ai pas vu que c'était si mal, » murmurai-je.
Ca ne l'était pas, me rassura-t-il. Personne n'est mort, d'accord ?
« D'accord, » dis-je entre mes dents. « Pas cette fois. »
Peut-être que ça sera de plus en plus facile.
« Ouais. »
Ou peut-être que tu la tueras. Il haussa les épaules. Tu ne serais pas le premier à merder. Personne ne te jugerait trop sévèrement. Parfois, une personne sent simplement trop bon. Je suis impressionné que tu aies tenu aussi longtemps.
« Tu ne m'aides pas, Emmett. »
J'étais révolté par son acceptation de l'idée que je tuerais la fille, que c'était, d'une manière ou d'une autre, inévitable. Etait-ce sa faute si elle sentait si bon ?
Je me rappelle quand ça m'est arrivé...évoqua-t-il, me ramenant avec lui un demi-siècle en arrière, sur une petite route de campagne, au crépuscule, où une femme d'âge moyen retirait son linge sec d'une corde attachée entre deux arbres à pommes. Le parfum des pommes flottait lourdement dans l'air. La récolte était terminée et les fruits rejetés étaient éparpillés sur le sol, les tâches sur leur peau laissant s'en écouler les effluves en d'épais nuages. Un champ de foin fraîchement coupé était le décor de cette senteur, une harmonie. Il marchait sur le chemin, inconscient de la présence de la femme, parti faire une commission pour Rosalie. Le ciel était de couleur violette au plus haut, orange au-dessus des arbres de l'ouest. Il aurait continué à serpenter sur la voie à charrettes et il n'y aurait eu aucune raison de se rappeler de cet après-midi, sauf qu'une soudaine brise nocturne balaya les draps tels des voilures et ventilèrent le visage d'Emmett avec l'odeur de la femme.
« Ah, » grognai-je doucement. Comme si le rappel de ma propre soif n'était pas assez.
Je sais. Je n'ai pas résisté une demi-seconde. Je n'ai même pas pensé à résister.
Ses souvenirs devinrent trop explicites pour que je puisse le supporter.
Je me levai d'un bond, les mâchoires tellement serrées qu'elles auraient pu couper de l'acier.
« Esta bien, Edward ? » demanda la Señora Goff, surprise par mon mouvement soudain. Je pouvais voir mon visage dans sa tête, et je savais que j'étais loin d'aller bien.
« Me perdona, murmurai-je, me hâtant vers la porte.
-Emmett...por favor, puedas tu ayuda a tu hermano ? » demanda-t-elle, gesticulant de manière impuissante vers moi tandis que je sortais de la salle.
« Sûr, » l'entendis-je dire. Et l'instant d'après, il était pile derrière moi. Il me suivit jusqu'à l'autre bout du bâtiment, où il me rattrapa et posa sa main sur mon épaule.
J'écartai sa main avec une force inutile. Ce geste aurait brisé les os d'une main humaine, et les os du bras rattachés à cette main.
« Désolé, Edward.
-Je sais. » J'inspirai de grandes bouffées d'air, tentant de faire le vide dans ma tête et mes poumons.
« Les choses vont-elles aussi mal qu'elles en ont l'air ? » demanda-t-il, essayant de ne pas repenser à la senteur et au goût de son souvenir en posant cette question, en vain.
« Pire, Emmett, pire. »
Il resta silencieux pendant un instant.
Peut-être...
« Non, ça n'irait pas mieux si j'en finissais avec ça. Retourne en classe, Emmett. J'ai envie d'être seul. »
Il se détourna sans un autre mot, ni aucune pensée, s'éloigna rapidement. Il pourrait dire au professeur d'Espagnol que j'étais malade, que je laissais tout tomber, ou que j'étais un vampire dangereusement hors de contrôle. Son excuse importait-elle vraiment ? Peut-être que je ne reviendrais pas. Peut-être devais-je partir.
Je me rendis jusqu'à ma voiture, de nouveau, pour attendre la fin des cours. Pour me cacher. Encore.
J'aurais dû passer le temps à prendre des décisions, ou à essayer de soutenir ma détermination, mais, comme un fanatique, je me retrouvais à fouiller parmi le babillement de pensées émanant des bâtiments. Les voix familières éclatèrent, mais pour l'instant je n'étais pas intéressé par les visions d'Alice ou les plaintes de Rosalie. Je trouvai facilement Jessica, mais la fille n'était pas avec elle, alors je continuai de chercher. Les pensées de Mike Newton attirèrent mon attention, et je finis par la localiser, au gymnase, avec lui. Il était mécontent, parce que je lui avais adressé la parole aujourd'hui, en biologie. Il anticipait déjà sa réponse lorsqu'il avait amené le sujet.
Je ne l'ai jamais vu parlé avec qui que ce soit ici, si ce n'est un mot par-ci, par-là. Bien sûr, il a fallu qu'il trouve Bella intéressante. Je n'aime pas la façon dont il la regarde. Mais elle n'avait pas vraiment l'air emballée par sa présence. Qu'a-t-elle dit ? 'Me demande ce qui n'allait pas chez lui l'autre fois'. Quelque chose comme ça. Elle n'avait pas l'air d'en avoir spécialement quelque chose à faire. Ca n'avait probablement pas grand-chose d'une conversation...
De cette façon, il tenta de se persuader, de se débarrasser de son pessimisme, égayé par l'idée que Bella n'avait pas été intéressée par notre échange. Ceci me dérangea plus qu'il n'était acceptable, alors j'arrêtai de l'écouter.
J'insérais dans le lecteur un CD de musique violente, et augmentai le son jusqu'à ce qu'il noie toutes les autres voix. Il me fallut beaucoup de concentration sur la musique pour m'empêcher de m'égarer à nouveau vers les pensées de Mike Newton, pour espionner la fille crédule.
Je trichai quelques fois, tandis que l'heure se terminait. Je n'espionne pas, tentai-je de me convaincre. Je me préparais simplement. Je voulais savoir exactement quand elle quitterait le gymnase, lorsqu'elle serait dans le parking. Je ne voulais pas qu'elle me prenne par surprise.
Lorsque les élèves commencèrent à sortir par les portes du gymnase, je sortis de ma voiture, incertain de la raison de ce geste. La pluie était fine –je l'ignorai comme elle imbibait lentement mes cheveux.
Souhaitais-je qu'elle me voie là ? Espérais-je qu'elle vienne me parler ? Qu'étais-je en train de faire ?
Je ne bougeai pas, même en tentant de me convaincre de retourner dans la voiture, sachant mon comportement répréhensible. Je gardai les bras croisés sur ma poitrine et ne respirai que peu en l'observant marcher lentement vers moi, les coins de sa bouche affaissés. Elle ne me regarda pas. Plusieurs fois elle jeta un coup d'½il aux nuages avec une grimace, comme s'ils l'avaient offensée.
Je fus déçu lorsqu'elle atteignit sa voiture avant même qu'elle ne doive passer devant moi. M'aurait-elle parlé ? Lui aurais-je parlé ?
Elle monta dans une camionnette Chevi à la couleur rouge défraichie, un monstre rouillé qui était bien plus âgé que son père. Je l'observais démarrer la voiture –la vieille machine gronda plus fort que n'importe quel autre véhicule dans le parking –et porta ensuite ses mains jusqu'aux déflecteurs de chaleur. Le froid était inconfortable pour elle –elle n'aimait pas ça. Elle démêla ses cheveux épais à l'aide de ses doigts, attirant les mèches devant le flot d'air chaud comme si elle tentait de les sécher. J'imaginai ce que devait être l'odeur de la cabine de la camionnette, puis chassai rapidement cette pensée.
Elle lança des regards alentours, se préparant à reculer, et regarda finalement dans ma direction. Elle me regarda en retour l'espace d'une demi-seconde, et tout ce que je pus lire dans ses yeux fut de la surprise avant qu'elle ne détourne les yeux et roule en marche arrière. Les pneus crissèrent de nouveau lorsqu'elle s'arrêta à un stop, l'arrière de la voiture manquant de peu une collision avec le petit véhicule d'Erin Teague.
Elle regarda dans son rétroviseur, la bouche entrouverte avec chagrin. Lorsque l'autre voiture la dépassa, elle vérifia tous les angles morts deux fois, et sortit ensuite petit à petit du parking avec tellement de précaution que ça me fit sourire. C'est comme si elle pensait être dangereuse dans sa camionnette décrépie.
La pensée que Bella Swan puisse être dangereuse pour qui que ce soit, peu importe ce qu'elle conduisait, me faisait rire alors que la fille passait devant moi, regardant droit devant elle.
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# Posté le lundi 22 juin 2009 17:29

Midnight Sun : 3eme chapitre

PHéNOMèNE

En vérité, je n'avais pas soif, mais je décidai tout de même de chasser encore cette nuit. Une petite once de prévention, bien que je sus qu'elle fut insuffisante.
Carlisle vint avec moi, nous n'avions pas été seuls tous les deux depuis mon retour de Denali. Alors que nous courrions dans la sombre forêt, je l'entendis penser à mon départ précipité de la semaine dernière.
Dans sa mémoire, je vis la façon dont mes traits étaient tordus par un féroce désespoir. Je sentis sa surprise et sa soudaine inquiétude.
« Edward ?
-Je dois partir, Carlisle. Je dois partir maintenant.
-Que s'est-il passé ?
-Rien. Pour l'instant. Mais ça arrivera, si je reste. »
Il s'accrocha à mon bras. Je sentis a quel point cela le blessa lorsque je me dégageai de sa main.
« Je ne comprend pas.
-N'as tu jamais... n'y a t-il jamais eu un temps... »
Je me regardai prendre une grande inspiration, je vis la lumière inconnue dans mes yeux à travers le filtre de sa crainte.
« N'y a t-il jamais eu quelqu'un qui pour toi sentait meilleur que n'importe qui d'autre ? Vraiment meilleur ?
-Oh. »
Quand je sus qu'il avait comprit, mon visage s'effaça avec honte. Il tendit la main pour me toucher, m'ignorant quand je reculai de nouveau, et laissait sa main sur mon épaule.
Fais ce que tu dois faire pour résister, Edward. Tu me manqueras. Tiens, prend ma voiture, elle est plus rapide.
Il était maintenant entrain de se demander s'il avait eu raison de m'envoyer ailleurs. Se demandant s'il ne m'avait pas blessé par son manque de confiance.
« Non, chuchotais-je en courant. C'était ce dont j'avais besoin. J'aurais pu si facilement trahir cette confiance, si tu m'avais dit de rester.
-Je suis désolé que tu souffres, Edward. Mais tu dois faire ce que tu peux pour garder la fille Swan en vie. Même si cela veut dire que tu dois de nouveau nous quitter.
-Je sais, je sais.
-Pourquoi es-tu revenu ? Tu sais à quel point je suis heureux de t'avoir ici, mais si c'est trop difficile...
-Je n'aimais pas me sentir lâche, » admis-je
Nous ralentissions, nous courions à peine dans l'obscurité désormais.
« Il vaut mieux cela que de la mettre en danger. Elle sera partie dans un ou deux ans.
-Tu as raison, je le sais. » Bien qu'au contraire, ses mots me rendirent encore plus anxieux de rester. La fille serait partie dans un ou deux ans...
Carlisle s'arrêta de courir et je m'arrêtai avec lui, il se tourna pour examiner mon expression.
Mais tu ne vas pas fuir, n'est ce pas ?
Je ne bougeai pas.
Est-ce de l'orgueil, Edward ? Il n'y a pas de honte à –
« Non, ce n'est pas l'orgueil qui me retient ici. Pas maintenant. »
Nulle part où aller ?
Je ris brièvement. « Non. Ce n'est pas ce qui m'arrêterait, si je pouvais partir. »
« Nous viendrons avec toi bien-sûr, si c'est ce dont tu as besoin. Tu as juste à demander. Tu as déménagé, sans te plaindre d'eux. Ils ne le feront pas à contre c½ur. »
Je relevai un sourcil.
Il rit. « Oui, Rosalie peut-être, mais elle t'es redevable. De toute façon, il vaut mieux partir maintenant, sans dommage commis, que partir plus tard, après qu'une vie soit volée. » Tout humour avait disparu à la fin.
Je tressaillis à ces mots.
« Oui » approuvais-je. Ma voix était rauque.
Mais tu ne vas pas partir ?
Je soupirai. « Je devrais. »
« Qu'est ce qui te retient ici, Edward ? Je me borne à essayer de voir...
-Je ne sais si je peux expliquer. » Même pour moi, ça n'avait aucun sens.
Il mesura mon expression pendant un long moment.
Non, je ne vois pas. Mais je respecterai ton intimité, si tu le désires.
« Merci. C'est généreux de ta part, sachant que je ne donne d'intimité à personne. » A une exception près. Et j'étais entrain de faire ce que je pouvais pour l'en en priver, non ?
Nous avons tous nos petits caprices. Il rit encore. N'est-ce pas ?
Il venait juste de capter l'odeur d'un troupeau de cerfs. C'était difficile d'exprimer de l'enthousiasme pour ceci, même dans les meilleures circonstances, rien qui ne me mis véritablement l'eau à la bouche... Avec maintenant, le souvenir du sang frais de la fille dans mon esprit, la présente odeur me retourna l'estomac.
Je soupirai « Allons-y » dis-je, bien que je sus que forcer ma gorge à ingérer plus de sang ne m'aiderait que si peu.
Nous-nous mîmes en posture de chasse, accroupis, et laissâmes l'inattrayante odeur nous pousser silencieusement en avant.

Il faisait plus froid lorsque nous rentrâmes à la maison. La neige fondue était de nouveau gelée ; c'était comme si une mince feuille de verre recouvrait tout – chaque aiguille de pin, chaque feuille de fougère, chaque brin d'herbe était plus que glacé.
Pendant que Carlisle alla se préparer pour sa garde à l'hôpital, je restai près de la rivière à attendre le lever du soleil. Je me sentis presque ballonné après la quantité de sang que je venais de consommer, mais je sus que le manque de la véritable soif signifierait peu quand je m'installerais de nouveau près de la fille.
Froid et immobile comme la pierre où je m'assis, je fixais l'eau sombre qui s'écoulait près de la berge glacée, je la regardais fixement.
Carlisle avait raison. Je devrais quitter Forks. Ils pourraient répandre quelques histoires pour expliquer mon absence. En pension en Europe. En visite chez de la famille éloignée. Une fugue d'adolescent. L'histoire n'a pas d'importance. Personne ne posera trop de questions.
C'était juste une question d'un ou deux ans et la fille aura disparue. Elle voudra aller de l'avant dans sa vie, elle voudra une vie pour aller de l'avant. Elle ira dans une université quelque part, vieillira, commencera une carrière professionnelle, peut-être se mariera t-elle à quelqu'un. Je pouvais l'imaginer – je pouvais voir la fille habillée tout de blanc, marchant à pas mesurés, son bras enroulé contre celui de son père.
C'était étrange, la douleur que me provoqua cette image. Je n'arrivais pas à comprendre. Etais-je jaloux parce qu'elle aura un futur que je ne pourrais jamais avoir ? Cela n'avait aucun sens. Tous les humains autour de moi avaient le même potentiel devant eux – une vie – et je ne m'arrêtais que rarement pour les envier.
Je devrais la laisser à son futur. Arrêter de risquer sa vie. C'était la bonne chose à faire. Carlisle choisit toujours le bon côté, je devrais l'écouter maintenant.
Le soleil se montra derrière les nuages, et la faible lumière fit scintiller la glace gelée.
Un jour de plus, décidai-je. Je voulais la voir encore une fois. Je pouvais le supporter.
Peut-être ferai-je allusion à ma disparition suspendue, établir l'histoire.
Ca allait être difficile ; je pouvais le sentir dans la lourde répugnance qui m'avait déjà fait penser aux excuses pour rester – pour prolonger la dernière limite à deux, trois, quatre jours... Mais je ferais le bon choix. Je savais que je pouvais croire aux conseils de Carlisle ; je savais aussi que j'étais trop en conflit avec moi-même pour prendre la bonne décision seul.
Vraiment trop en conflit. A quel point ce dégoût venait-il de ma curiosité obsessionnelle, et à quel point venait-il de mon appétit insatisfait ?
Je rentrais à l'intérieur pour mettre des vêtements propres avant d'aller au lycée.
Alice m'attendait. Assise sur le bord de la dernière marche du troisième étage.
Tu vas encore partir, m'accusa t-elle
Je soupirai et hochai la tête.
Je n'arrive pas à voir où tu vas partir cette fois.
« Je ne sais pas encore où je vais partir, » murmurais-je
Je veux que tu restes.
Je secouais la tête.
Peut-être que Jazz et moi pourrions venir avec toi ?
« Ils auront d'autant plus besoin de toi si je ne suis pas là à surveiller les alentours pour eux. Et penses à Esme. Voudrais-tu lui enlever la moitié de sa famille d'un coup ? »
Tu vas la rendre si triste.
« Je sais. C'est pourquoi tu dois rester. »
Ce n'est pas comme de t'avoir ici, et tu le sais.
« Oui. Mais je dois faire ce qui est bien. »
Il y a plein bonnes voies, et pleins de mauvaises pourtant, n'est-ce pas ?
Pendant un bref instant, elle s'éloigna dans l'une de ses étranges visions ; je la regardais avec elle tout le long alors que les images indistinctives clignotaient et tourbillonnaient. Je me voyais mélangé à d'étranges ombres que je ne pouvais distinguer, nébuleuse, imprécises formes. Et puis soudainement, ma peau se mis à scintiller sous une éclatante lumière ensoleillée d'une clairière. C'était un lieu que je connaissais. Il y avait une silhouette avec moi dans cette clairière, mais encore une fois, c'était trouble, pas suffisamment présent pour la reconnaître. Les images éclatèrent et disparurent en un million d'infimes options qui remanièrent encore le futur.
« Je ne peux pas en discerner d'avantage » lui dis-je alors que les visions devenaient noires.
Moi non plus. Ton futur se modifie tellement que je ne peux pas en capter plus. Je crois pourtant que...
Elle s'arrêta, et se concentra sur une vaste collection d'autres visions récentes de moi. Elles étaient toutes pareilles – floues et vagues.
« Je pense pourtant que quelque chose est entrain de changer, » dit-elle à voix haute. « Ta vie semble être à un carrefour. »
Je ris sinistrement. « Tu réalises que tu parles comme une fausse bohémienne dans une foire là, n'est-ce pas ? »
Elle me tira la langue.
« Mais, aujourd'hui ça ira, non ? » demandai-je, d'une voix subitement inquiète.
« Je ne t'ai vu tué personne aujourd'hui », m'assura t-elle.
« Merci, Alice. »
« Va t'habiller. Je ne dirai rien – Je te laisserai l'annoncer aux autres quand tu seras prêt. »
Elle se leva et s'élança dans les escaliers, ses épaules légèrement voûtées. Tu vas me manquer. Vraiment.
Oui, elle me manquera aussi. Vraiment.



La route jusqu'au lycée était silencieuse. Jasper aurait pu aborder le sujet de la nervosité d'Alice, mais il savait que si elle voulait en parler, elle l'aurait déjà fait. Emmett et Rosalie étaient dans leur monde, ayant un autre de leurs moments, se couvant des yeux mutuellement avec émerveillement – c'était passablement dégoûtant de les regarder de l'extérieur. Nous étions tout à fait conscients, d'ô combien, désespérément amoureux ils étaient. Ou peut-être étais-je juste âpre parce que j'étais le seul â être sans compagne. Certains jours étaient plus durs que d'autres de vivre avec trois parfaits couples d'âmes s½urs. C'était un de ces jours.
Peut-être seraient-ils tous plus heureux sans moi à tourner autour, caractériel et belligérant comme le vieil homme que je devrais être à ce jour.
Bien-sûr, la première chose que je fis en arrivant au lycée, fut de chercher la fille. Me préparant de nouveau.
Bien.
C'était embarrassant comme mon monde semblait soudainement être vide de tout, excepté d'elle – mon existence entière était centrée sur la fille, et non plus sur moi-même.
C'était assez facile à comprendre pourtant, vraiment ; après quatre-vingts ans des mêmes choses tous les jours et toutes les nuits, un quelconque changement devenait attractif.
Elle n'était pas encore arrivée, mais je pouvais entendre le rugissement de sa vieille Chevy à distance. Je m'adossais contre le coin de la voiture en attendant. Alice resta avec moi, pendant que les autres allèrent, groupés, en cours. Je les ennuyais avec ma fixation – c'était incompréhensible pour eux qu'un quelconque humain puisse m'intéresser aussi longtemps, peu importe la délicieuse odeur qu'il put avoir.
La fille conduisait doucement, en vue. Ses yeux fixés sur la route et ses mains crispées sur le volant. Elle semblait anxieuse à propos de quelque chose. Cela me prit une seconde pour deviner ce qu'était ce quelque chose, pour réaliser que chaque humain avait la même expression aujourd'hui. Ah, la route était glissante avec la neige et tous essayaient de conduire prudemment. Je pus constater qu'elle prenait les risques très au sérieux.
Ca semblait en phase avec le peu que j'avais appris de son caractère. J'ajoutais ceci sur ma minuscule liste : Elle était une personne sérieuse, une personne responsable.
Elle ne se gara pas trop loin de moi, mais elle ne remarqua pas encore que j'étais resté ici à la fixer. Je me demandais ce qu'elle ferait lorsqu'elle me remarquera. Rougir et partir ? C'était ma première supposition. Mais peut-être qu'elle me regardera aussi. Peut-être viendra t-elle me parler.
Je pris une grande inspiration, croisant mes doigts en espérant, juste au cas ou.
Elle sortit de sa Chevrolet avec précaution, testant le sol glacé avant de sortir complètement. Elle ne leva pas le regard et ceci me frustra. Peut-être aurais-je dû aller lui parler...
Non, ce serait mal.
Au lieu de se tourner pour aller en cours, elle se dirigea vers l'arrière de sa Chevy, s'accrochant à la remorque d'une drôle de façon, n'ayant pas confiance en la stabilité de ses pieds. Cela me fit sourire et je sentis le regard d'Alice sur mon visage. Je n'écoutais rien de ce qu'elle pensait – Je m'amusais bien trop à regarder la fille vérifier les chaînes anti-dérapantes de sa camionnette. Elle semblait effectivement être sur le point de tomber, ses pieds glissants sur le sol enneigé. Personne d'autre n'avait de problème - s'était-elle garée sur un coin plus gelé qu'ailleurs ?
Elle s'arrêta alors, regardant en bas avec une expression étrange sur son visage. Etait-ce de la... tendresse ? Comme si quelque chose en rapport avec le pneu la rendait... émue ?
Encore une fois, la curiosité me fit mal, comme une soif. C'était comme si je devais savoir ce qu'elle pensait – comme si rien d'autre ne comptait.
Je voulais aller lui parler. Elle semblait avoir besoin d'un coup de main, au moins jusqu'à ce qu'elle ne soit plus sur cette chaussée glissante. Evidemment, je pourrais lui proposer une aide, non ? J'hésitais, tiraillé.
Aussi hostile qu'elle semblait être avec la neige, elle accueillera difficilement le toucher de ma main blanche et froide. J'aurais dû porter des gants –
« NON ! » souffla Alice à haute voix.
Immédiatement, je scannai ses pensées, devinant premièrement que j'avais fait le mauvais choix et qu'elle m'avait vu faire quelque chose d'inexcusable. Mais ça n'avait rien avoir avec moi.
Tyler Crowley choisit de tourner sur le parking à une vitesse peu judicieuse. Ce choix l'enverra déraper sur une plaque de verglas...
La vision se confirma une demi-seconde avant la réalité. Le van de Tyler tournait à l'angle du parking alors que je visionnais toujours la conclusion qui avait poussé Alice à émettre cet horrible soupire entre ses lèvres.
Non, cette vision n'avait rien avoir avec moi, et en même temps elle avait tout à voir avec moi, parce que le van de Tyler – les pneus crissant maintenant sur la partie la plus glissante du sol– était en train de tourner et allait écraser la fille qui était devenue sans le vouloir, le centre de mon monde.
Même sans la prémonition d'Alice, c'était assez facile d'interpréter la trajectoire du véhicule, qui échappait à tout contrôle de Tyler.
La fille, placée exactement au pire endroit à l'arrière de sa camionnette, leva la tête, alertée par le bruit des pneus crissant sur la glace. Elle avait l'air concentrée, à travers mon regard frappé par l'horreur, puis, elle se tourna pour regarder la mort s'approcher d'elle.
Pas elle ! Les mots résonnaient dans ma tête comme s'ils appartenaient à quelqu'un d'autre.
Toujours bloqué sur les pensées d'Alice, je vis la vision soudainement changer, mais je n'eus pas le temps de voir quel en serait le dénouement.
Je m'élançai sur le parking, me jetant entre le van incontrôlable et la fille choquée. Je bougeai si vite que tout n'était que fumée de couleurs, à l'exception de l'objet de ma concentration. Elle ne vit pas que – aucun ½il humain n'était capable de suivre ma vitesse – je fixai toujours l'imposante forme qui allait écraser son corps contre le châssis de sa camionnette.
Je l'attrapai par la taille, me mouvant avec trop d'urgence pour être aussi doux qu'elle aurait eu besoin que je le fusse.
Durant la centième de seconde entre le moment où je l'écartais du chemin de la mort, et l'instant où je percutais le sol avec elle dans mes bras, je pris conscience de manière brutale de sa vulnérabilité, de son corps chétif.
Lorsque j'entendis le craquement que provoqua sa tête quand elle heurta le sol, je me sentis devenir comme de la glace.
Mais je n'eux même pas une seconde entière pour m'assurer de son état. J'entendais le van, derrière nous, grincer alors qu'il rebondissait contre le robuste métal de la Chevy.
Sa trajectoire changeait, décrivant un arc de cercle en s'approchant d'elle de nouveau – comme si elle était un aimant, l'attirant vers nous.
Un mot que je n'aurais jamais dit en présence d'une dame s'échappa entre mes dents serrées.
J'en avais déjà trop fait. Alors que je volais presque pour la pousser du chemin, je devins totalement conscient de l'erreur que je faisais. Savoir que ça en était une ne m'arrêta pas pour autant, mais je n'étais pas indifférent face au risque que je prenais – que je ne prenais pas que pour moi-même mais pour ma famille entière.
L'exposition.
Et ceci n'allait sûrement pas aider, mais il était hors de question que je laisse le van réussir sa deuxième tentative consistant à lui ôter la vie.
Je la laissais tomber de mes mains, bloquant le van avant qu'il ne puisse atteindre la fille. Sa puissance me projeta, dos contre la voiture garée près de sa camionnette, et je pus sentir son châssis se froisser sous mes épaules. Le van vibra et se fracassa contre mon bras inflexible, puis ensuite oscilla, en un équilibre instable sur deux pneus.
Si je bougeais ma main, le pneu arrière du van s'écraserait sur ses jambes.
Oh, pour l'amour du ciel, les catastrophes n'auront donc jamais de fin ? Y avait-il autre chose qui allait mal se passer ? Je pouvais difficilement rester ici, à immobiliser le van dans les airs et attendre de l'aide. Je ne pouvais pas non plus jeter le van plus loin – il y avait le conducteur à considérer, ses pensées rendues incohérentes avec la panique.
Avec un grognement intérieur, je poussai le van de façon à ce qu'il se balance loin de nous pendant un instant. Alors qu'il retombait vers moi, je l'attrapai par le châssis avec ma main droite pendant que j'enroulai de nouveau mon bras gauche autour de la taille de la fille et la tirait de sous le van, l'attirant étroitement contre mon flanc. Son corps réagissait mollement alors que je l'écartai de façon à ce que ses jambes soient à l'abri – Etait-elle consciente ? Combien de dommages avais-je commis dans mon impromptue tentative de sauvetage ?
Je laissai tomber le van, maintenant qu'il ne pouvait plus la blesser. Il s'écrasa sur la chaussée, alors que toutes les vitres éclataient à l'unisson.
Je savais que j'étais au milieu d'une crise. Combien en avait-elle vu ? Y avait-il d'autres témoins m'ayant vu surgir à ses côté et ensuite jongler avec le van pendant que j'essayais de la dégager de sous le véhicule ? Ces questions devraient être ma plus grande crainte.
Mais j'étais trop anxieux pour prêter attention au risque d'exposition, comme j'aurais du le faire. Trop paniqué à l'idée de l'avoir peut-être blessée en tentant de la protéger. Trop effrayé de l'avoir si près de moi, sachant très bien l'odeur que j'aurais sentis si je m'étais autorisé à respirer. Trop conscient de la chaleur de son corps fragile, serré contre le mien – même à travers la double épaisseur de nos vestes, je pouvais la ressentir...
Ma première peur était la plus grande. Alors que les cris des témoins se faisaient entendre autour de nous, je me penchais pour examiner son visage, pour voir si elle était consciente – espérant férocement qu'elle ne saigne de nulle part.
Ses yeux étaient ouverts, en état de choc.
« Bella ? demandai-je précipitamment. Est-ce tu te sens bien ?
-Ca va, » répondit-elle automatiquement d'une voix hébétée.
Quel soulagement, c'était tellement exquis que ç'en était presque douloureux, douché par le son de sa voix. J'inspirais de l'air entre mes dents, la brûlure dans ma gorge qui l'accompagna ne me dérangea pas. J'en étais presque satisfait.
Elle lutta pour s'asseoir mais je n'étais pas prêt à la relâcher. Ca semblait, d'une certaine manière, plus sûr. C'était mieux, au moins, de l'avoir en sécurité à mes côtés.
« Sois prudente, l'alertai-je. Je crois que tu t'es cogné la tête assez fort. »
Il n'y avait pas d'odeur de sang frais – une aubaine – mais ça n'excluait pas des dommages internes. J'étais brusquement anxieux de l'emmener voir Carlisle et son équipement complet de radiologie.
« Ow, murmura-t-elle alors qu'elle réalisait que j'avais raison pour sa tête.
-C'est bien ce que je pensais. » Le soulagement me rendait étrange, me rendait presque étourdi.
« Comment est-ce... s'interrompit-elle en clignant des yeux. Comment as-tu pu t'approcher aussi vite ? »
Le soulagement s'envola, tout humour avait disparu. Elle en avait trop vu.
Maintenant qu'il était évident que la fille était hors de danger, l'inquiétude pour ma famille devint sévère.
« J'étais juste à côté de toi, Bella. » Je savais par expérience que si j'étais très sûr de moi quand je mentais, cela rendait l'individu moins convaincu de la vérité.
Elle se débattit de nouveau et cette fois je la lâchais. J'avais besoin de respirer pour pouvoir jouer mon rôle correctement. J'avais besoin de m'éloigner de la chaleur de son sang qui s'associerait à son parfum et finirait par me submerger. Je m'écartai d'elle autant que possible dans l'espace restreint qu'avaient formés les deux véhicules accidentés.
Elle me fixa et j'en fis de même. Regarder ailleurs était une faute qu'un menteur incompétent aurait fait, et je n'étais pas un menteur incompétent.
Mon expression était lisse, impassible... Cela semblait la troubler. C'était positif.
Le lieu de l'accident était maintenant cerné de monde. Essentiellement des étudiants, des adolescents, scrutant et se poussant pour voir à travers les interstices si des corps mutilés étaient visibles. Il y avait des cris balbutiés et un flot de pensées choquées. Je scannai une fois les esprits pour m'assurer qu'il n'y eu pas d'ores et déjà des suspicions, puis les coupai et me concentrai sur la fille.
Elle fut distraite par le chahut. Elle jeta un coup d'½il autour d'elle, son expression toujours figée et tenta de se mettre sur ses pieds.
Je posai doucement ma main sur son épaule pour l'en empêcher.
« Reste juste encore un peu. » Elle semblait aller bien mais avait-elle raison de bouger son cou ? Encore une fois, je pensai à Carlisle. Mes années d'études de médecine théorique ne valait rien par rapport à ses siècles de pratique médicale.
« Mais j'ai froid, » objecta t-elle.
Elle avait échappé à la mort à deux distinctes fois et de plus, avait faillit devenir paralysée, et la seule chose qui l'inquiétait était d'avoir froid. Un rire s'échappa de ma gorge avant que je ne me souvienne que la situation n'était pas drôle.
Bella cligna des yeux, puis me dévisagea. « Tu étais là-bas. »
Cela me refroidit de nouveau.
Elle jeta un regard vers le sud, pourtant il n'y avait rien à voir si ce n'est l'aile endommagée du van. « Tu étais près de ta voiture. »
« Non.
-Je t'ai vu, » insista t-elle ; sa voix était innocente quand elle était obstinée.
Son menton était saillant.
« Bella, j'étais avec toi et je t'ai poussé de la trajectoire. »
Je regardais profondément dans ses grands yeux, essayant avec détermination de lui faire accepter ma version – la seule rationnelle du tableau.
Sa mâchoire se crispa. « Non. »
J'essayai de rester calme, de ne pas paniquer. Si seulement je pouvais la faire taire un petit instant, pour me donner la chance de détruire les preuves... et de ruiner son histoire en lui rappelant la blessure à sa tête.
Ne devrait-il pas être facile de faire taire cette secrète et silencieuse fille ? Si seulement elle me faisait confiance, juste un petit instant...
« S'il te plaît, Bella, » dis-je d'une voix trop profonde, car je voulais soudainement qu'elle me fasse confiance. Je le voulais vraiment, et pas seulement concernant l'accident. Un stupide désir.
Quelle serait la signification, pour elle, de me faire confiance ?
« Pourquoi ? demanda t-elle, toujours sur la défensive.
-Fais-moi confiance, implorai-je.
-Est-ce que tu promets de tout m'expliquer plus tard ? »
Cela me rendit furieux de devoir lui mentir encore alors que je souhaitais tellement d'une certaine manière, mériter sa confiance. Donc lorsque je répondis, ce fut une riposte.
« Bien.
-Bien, » rétorqua t-elle sur le même ton.
Pendant que les secours tentaient de nous encercler – l'arrivée des adultes, les autorités appelées, les sirènes à distance – j'essayai d'ignorer la fille et d'organiser mes priorités dans le bon ordre. Je scannais chaque esprit présent sur le parking, les témoins et aussi les retardataires, mais je ne trouvai rien de dangereux. Beaucoup étaient surpris de me voir ici avec Bella, mais tous concluaient – comme s'il n'y avait pas d'autre conclusion possible – qu'ils n'avaient simplement pas remarqué ma présence près de la fille avant l'accident.
Elle était la seule à ne pas accepter l'explication la plus rationnelle, mais son témoignage serait le moins fiable. Elle avait été terrifiée, traumatisée, sans parler de son coup reçu à la tête. Probablement en état de choc. Il serait possible que son histoire soit considérée comme disparate, non ? Personne ne lui donnerait de crédit face à tant d'autres spectateurs. ..
Je grimaçai lorsque j'entendis les pensées de Rosalie, de Jasper et d'Emmett arrivant tout juste sur les lieux. J'allais devoir en payer un sacré prix ce soir.
Je voulu aplanir l'emprunte que mes épaules avaient laissé contre la voiture foncée, mais la fille était trop proche. J'allais devoir attendre qu'elle soit distraite.
C'était frustrant d'attendre – avec tellement de regards braqués sur moi – alors que les humains se démenaient avec le van, essayant de nous dégager. J'aurais peut-être dû les aider, juste pour accélérer le processus, mais j'avais déjà suffisamment de problèmes et la fille avait l'½il à tout. Finalement, ils furent capable de le repousser assez loin pour que les secours puissent s'approcher avec leurs brancards.
Un visage familier aux cheveux grisonnants apparut devant moi.
« Hé Edward, » dit Brett Warner. Il était aussi infirmier et je le connaissais bien de l'hôpital. C'était un coup de chance – le seul de la journée – qu'il fut le premier à venir vers nous. Dans ses pensées, il nota que je semblais calme, placide. « Ca va ? »
« Très bien. Rien ne m'a touché. Par contre j'ai peur que Bella ait peut-être une commotion. Elle s'est cognée la tête vraiment fort quand je l'ai poussé de la trajectoire... »
Brett porta son attention sur la fille, qui me lança un regard vindicatif. Oh, oui exact. Elle était un martyre discret – elle préférait souffrir en silence.
Pourtant elle ne démentit pas immédiatement mon histoire, et cela me rassura.
Le deuxième médecin urgentiste essaya d'insister pour m'ausculter mais ce ne fut pas trop difficile de l'en dissuader. Je lui promis que je laisserais mon père m'examiner, et cela lui suffit.
Avec la plus part des humains, parler avec une certaine assurance suffisait. Avec la plus part d'entre eux c'était suffisant, excepté avec la fille, évidemment. Y avait-il quoi que ce soit de normal chez elle ?
Alors qu'ils lui posaient une minerve – et qu'elle rougissait d'embarras – je profitai de cet instant de distraction pour discrètement réarrangé avec mon talon, l'emprunte de mes épaules laissés sur le van. Seuls mes frères et mes s½urs remarquèrent ce que je fis et j'entendis les pensées d'Emmett me promettre de faire disparaître ce que je manquais.
Reconnaissant de son aide – et encore plus reconnaissant qu'Emmett m'eu déjà pardonné mon choix risqué – je me sentis plus détendu lorsque je m'assis à l'avant dans l'ambulance, près de Brett.
Le chef de police arriva avant qu'ils eussent installé Bella à l'arrière.
Bien que les pensées du père de Bella dépassaient les mots, la panique et l'angoisse émanant de son esprit étouffaient toutes les autres réflexions des environs.
L'anxiété muette et la culpabilité, un grand mixe des deux, le frappèrent lorsqu'il vit sa fille unique sur le brancard.
Elles le douchèrent et résonnèrent en moi tel un écho, de plus en plus fort. Quand Alice m'avait prévenu que tuer la fille de Charlie Swan signifiait par conséquent le tuer lui aussi, elle n'avait absolument pas exagéré.
Ma tête s'inclina sous le poids de la culpabilité alors que j'écoutais sa voix paniquée.
« Bella ! hurla t-il.
-Tout va aussi bien que possible, Char... Papa, soupira-t-elle. Tout va bien. »
Son assurance calma à peine son affolement. Il se tourna aussitôt vers l'urgentiste le plus proche et lui demanda plus d'informations.
Je ne fus rassuré, que lorsqu'il se mit à parler en formant des phrases parfaitement cohérentes en dépit de son affolement, que lorsque que je réalisai que son anxiété et son inquiétude n'étaient pas muettes. Je ne pouvais... simplement pas entendre les termes exacts de ses pensées.
Hum. Charlie Swan n'était pas aussi silencieux que sa fille, mais je pouvais maintenant en déduire de qui elle tenait ça. Intéressant.
Je n'avais jamais vraiment pris le temps de m'intéresser au chef de police. Je l'avais toujours considéré comme un homme lent d'esprit – maintenant je réalisais que j'étais le seul à être lent. Ses pensées étaient partiellement cachées, mais pas absente. Je pouvais seulement entendre le ténor, son intonation...
Je voulu écouter encore plus intensément, pour voir si je pouvais trouver dans cette découverte, le moindre puzzle, la moindre clé pour percer le secret de la fille. Mais Bella était maintenant installée à l'arrière et l'ambulance démarra.
Il fut difficile de m'arracher à l'idée de cette possible solution du mystère, qui était devenu, mon obsession. Cependant, je devais maintenant réfléchir – regarder ce qui avait été fait aujourd'hui sous tous les angles. Je devais écouter, pour m'assurer que ça n'était pas allé trop loin et que nous n'avions pas à partir tout de suite. Je devais me concentrer.
Il n'y avait rien d'inquiétant dans les pensées du secouriste. Pour autant qu'ils puissent le dire, la fille n'avait rien de sérieux. Et jusqu'ici, Bella s'en tenait à ma version des faits.
Ma première priorité, lorsque nous arrivâmes à l'hôpital, fut de voir Carlisle. Je me ruai à travers les portes automatiques, mais j'étais incapable de totalement renoncer à surveiller Bella. Je gardai un ½il sur elle à travers les pensées des infirmiers.
Il fut facile de trouver l'esprit familier de mon père. Il était dans son petit bureau, tout seul – un deuxième coup de chance en ce jour de malchance.
« Carlisle. »
Il m'entendit approcher et fut alarmé dès qu'il vit mon visage. Il se leva d'un bond et devint blanc comme neige. Il s'appuya sur son bureau en bois de noyer, parfaitement organisé.
Edward – tu n'as pas –
« Non, non, ce n'est pas ça. »
Il prit une profonde inspiration. Bien-sûr que non. Je suis désolée d'avoir eu cette pensée. Tes yeux, évidemment, j'aurais dû m'en douter... Il remarqua mes yeux toujours topaze avec soulagement
« Elle a été blessée, pourtant, Carlisle, probablement rien de grave mais...
-Que s'est-il passé ?
-Un stupide accident de voiture. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment. Mais je ne pouvais pas juste rester là – la laisser se faire écraser... »
Recommence, je ne comprends pas. Comment as-tu été impliqué ?
« Un van a dérapé sur la glace, » murmurai-je. Je fixai le mûr derrière lui pendant que je parlais. Au lieu d'une multitude de diplômes encadrés, il n'avait qu'une simple peinture à l'huile – une de ses préférées, un Hassam non répertorié. « Elle était dans la trajectoire. Alice l'a vu venir mais il n'y avait plus suffisamment de temps pour faire quoi que soit à part courir à travers le parking et la tirer de là. Personne n'a rien remarqué... sauf elle. J'ai du stopper le van aussi, mais encore une fois personne n'a rien vu... à part elle. Je suis désolée Carlisle. Je ne voulais pas nous mettre en danger. »
Il contourna le bureau et posa sa main sur mon épaule.
Tu as fait ce qu'il fallait. Et ça n'a pas du être facile pour toi. Je suis fier de toi, Edward.
Je pus alors le regarder dans les yeux. « Elle sait que quelque chose ne va pas... chez moi. »
« Ca n'a pas d'importance. Si nous devons partir, nous partirons. Qu'a-t-elle dit ? »
Je secouai la tête, un peu frustré. « Rien pour l'instant. »
Pour l'instant ?
« Elle est d'accord avec ma version des faits – mais elle attend une explication »
Il fronça les sourcils, mesurant tout ça.
« Elle s'est heurtée la tête – enfin.. je lui ai fait ça. » continuai-je rapidement. « Je l'ai cognée contre le sol assez durement. Elle a l'air d'aller bien mais... Je ne pense pas que ça aidera à discréditer sa parole. »
J'eu l'impression d'être un goujat en disant ces mots.
Carlisle entendit le dégoût dans ma voix. Peut-être que ce ne sera pas nécessaire. Attendons de voir ce qui va se passer, d'accord ? On dirait bien que j'ai un patient à aller voir.
« S'il te plaît, dis-je. J'ai tellement peur de l'avoir blessée. »
L'expression de Carlisle était enjouée. Il lissa ses cheveux blonds – juste un peu plus lumineux que l'or de ses yeux – puis rit.
Ca a été une journée intéressante pour toi, non ? Dans ses pensées, je pus voir l'ironie, et c'était drôle, du moins pour lui. Quel revirement. Quelque part durant cette courte seconde d'inconscience où je sprintai à travers le parking glacé, j'étais passé de l'état de tueur à protecteur.
Je ris avec lui, me souvenant que celui dont Bella n'aurait jamais besoin d'être autant protégée, était de moi-même. Cela me fit rire, mais même avec ce qui venait de se passer, cela restait toujours entièrement vrai.

J'attendis seul dans le bureau de Carlisle – une des plus longues heures que j'eu vécu – en écoutant l'hôpital plein de pensées.
Tyler Crowley, le conducteur du van, semblait être plus blessé que Bella, et toute l'attention était tournée vers lui pendant qu'elle attendait son tour pour faire des radios. Carlisle resta dans l'ombre, faisant confiance aux secouristes qui avaient diagnostiqués que la fille n'avait été que légèrement blessé. Cela me rendit nerveux mais je savais qu'il avait raison. Un seul coup d'½il à mon visage et elle se souviendrait immédiatement de moi, et du fait qu'il y avait quelque chose d'anormal avec ma famille, de plus cela pourrait la faire parler.
Elle avait certainement des camarades bien veillant à qui parler. Tyler était consumé par la culpabilité en plus du fait qu'il avait presque faillit la tuer, il semblait ne pas pouvoir se taire. Je pouvais voir l'expression de la fille à travers son regard, il était évident qu'elle souhaitait qu'il arrête. Comment pouvait-il ne pas s'en rendre compte ?
Il y eu un instant tendu pour moi lorsque Tyler lui demanda comment elle avait fait pour se dégager de la trajectoire.
J'attendis, sans respirer, alors qu'elle hésitait.
« Um... » l'entendit-il dire. Puis elle se tut pendant si longtemps que Tyler se demanda si sa question la dérangeait. Finalement elle reprit. « Edward m'a tirée de là ».
J'expirai. Puis ma respiration s'accéléra. Je ne l'avais jamais entendu dire mon nom avant ça. J'aimais la façon dont il sonnait – même en l'entendant à travers les pensées de Tyler. Je voulus l'entendre par moi-même...
« Edward Cullen » précisa-t-elle lorsque Tyler ne comprit pas de qui il s'agissait. Je me retrouvai à la porte, la main sur le poignet. Le désir de la voir devint de plus en plus fort. Je ne devais pas oublier qu'il était nécessaire d'être prudent.
« Il était près de moi.
-Cullen ? » Huh, c'est vraiment bizarre. « Je ne l'ai pas vu. » Je pourrais le parier... « Wow, ça s'est tellement passé vite j'imagine... Et il va bien ? »
« Oui je crois. Il est ici, quelque part mais il ne l'ont pas installé sur une civière, lui. »
Je vis son visage pensif, la suspicion teintait son regard, mais ces petits changements dans son expression passèrent inaperçus pour Tyler.
Elle est jolie, pensa-t-il, presque avec surprise. Même toute sale. Pas vraiment mon type mais quand même... Je devrais sortir avec. Arranger les choses pour aujourd'hui...
Je sortis dans le hall, puis me dirigeai dans le couloir des urgences, sans penser une seconde à ce que je faisais. Par chance, l'infirmière entra dans la salle avant que je ne le puisse – c'était au tour de Bella de passer des radios. Je m'adossai contre le mur dans un coin sombre à l'angle du couloir et essayai de me ressaisir pendant qu'on l'emmenait ailleurs.
Ca n'avait pas d'importance que Tyler la trouve jolie. Tout le monde pouvait s'en rendre compte. Il n'y avait aucune raison pour que je me sente... Comment me sentais-je ? Agacé ? Ou bien était-ce en vérité de la colère ? Cela n'avait aucun sens.
Je restai là où j'étais aussi longtemps que je le pus, mais l'impatience l'emporta sur moi et je retournai vers la salle de radiologie. Elle avait déjà été ramenée dans la salle des urgences mais je réussis tout de même à jeter un ½il à ses radiologies lorsque l'infirmière eu le dos tourné.
Je me sentis alors plus calme. Sa tête allait bien. Je ne l'avais pas blessé, pas vraiment...
Carlisle m'aperçut ici.
Tu sembles aller mieux, commenta t-il.
Je regardai juste droit devant mois. Nous n'étions pas seuls, le halls étaient pleins d'aides-soignants et de visiteurs.
Ah, oui. Il posa sa radio contre le négatoscope, mais je n'avais pas besoin de la regarder une seconde fois. Je vois. Elle va parfaitement bien. Bien joué, Edward.
La sonorité de l'approbation de mon père créa en moi un mixe de réaction. J'aurais du être content de moi, sauf que je savais qu'il n'approuverait sûrement pas ce que j'allais faire maintenant. Ou du moins, il n'approuverait pas s'il connaissait mes réelles motivations.
« Je crois que je vais aller lui parler – avant qu'elle ne te voie, murmurai-je dans un souffle. --Agir normalement, comme si rien ne s'était passé. Passer à autre chose. » Toutes ces excuses étaient acceptables.
Carlisle hocha la tête distraitement, en regardant toujours les radios. « Bonne idée. Hmm. »
Je regardai alors pour voir ce qui l'intéressait tant.
Regarde toutes ces anciennes contusions ! Combien de fois sa mère l'a-t-elle laissé tomber ? Carlisle rit de sa propre plaisanterie.
« Je commence à penser que la fille est vraiment malchanceuse. Elle est toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. »
Forks est certainement le pire endroit pour elle, avec toi ici.
Je tressaillis.
Vas-y. Va arranger les choses. Je vous rejoins dans un petit moment.
Je m'éloignai rapidement, me sentant coupable. Peut-être étais-je un trop bon menteur, enfin s'il était possible de tromper Carlisle.
Lorsque j'arrivai aux urgences, Tyler marmonnait dans sa barbe, toujours confus. La fille tentait d'échapper à ses remords en prétendant être endormis. Ses yeux étaient clos, mais sa respiration n'était pas régulière, et de temps en temps ses doigts se crispaient en signe d'impatience.
Je fixai son visage pendant un long moment. C'était la dernière fois que je la voyais. Ce fait provoqua une douleur vive et aiguë dans ma poitrine. Etait-ce parce que je détestais abandonner un mystère non résolu ? Ca ne semblait pourtant pas être une explication suffisante.
Finalement, je pris une grande inspiration et fis un pas, à la vue de tout le monde.
Quand Tyler me vit, il commença à parler mais je mis un doigt sur mes lèvres.
« Elle dort ? » murmurai-je.
Bella ouvrit grand les yeux et son regard se posa sur moi. Ils s'écarquillèrent momentanément puis se plissèrent en une feinte de colère ou peut-être de suspicion. Je me souvins alors que j'avais un rôle à jouer, je lui souris donc comme si rien d'inhabituel ne s'était passé ce matin – à part un choc à la tête et un petit délire post traumatique.
« Salut, Edward » dit Tyler. « Je suis vraiment désolé... »
Je levai une main pour stopper ses excuses. « Pas de sang, pas de danger, » dis-je d'un air sarcastique. Sans réfléchir je me mis à sourire à ma propre plaisanterie.
C'était étonnamment facile d'ignorer Tyler qui était pourtant allongé et recouvert de sang frais, à pas plus de trois mètres de moi. Je n'avais jamais compris comment Carlisle était capable de faire ça – d'ignorer le sang de ses patients pour pouvoir les soigner. La constante tentation n'était-elle pas trop distrayante, trop dangereuse... ? Mais maintenant, je pouvais voir que si l'on arrivait à se concentrer sur quelque chose d'assez fort, celle-ci devenait alors insignifiante.
Même frais et exposé, le sang de Tyler n'était rien comparé à celui de Bella.
Je gardai mes distances d'elle, et m'asseyait sur le rebord du lit de Tyler.
« Alors, quel est le verdict ? » lui demandai-je.
Elle avança sa lèvre inférieure. « Tout va bien mais ils refusent de me laisser partir. Comment se fait-il que tu ne sois pas bloqué ici comme nous ? »
Son impatience me fit de nouveau sourire.
Je pouvais entendre Carlisle dans le couloir maintenant.
« Tout dépend de qui tu es, » répondis-je amusé. « Mais ne t'inquiète pas, je suis venu à ton secours »
Je regardai attentivement sa réaction lorsque mon père entra dans la pièce. Ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche s'ouvrit par surprise. Je grognai intérieurement. Evidemment, elle avait certainement remarqué notre ressemblance.
« Alors, mademoiselle Swan, comment te sens-tu ? » demanda Carlisle. Il avait des manières merveilleusement apaisantes qui rendaient immédiatement la plus part de ses patients détendus. Je ne pus dire comment cela affecta Bella.
« Je vais bien » dit-elle calmement.
Carlisle posa ses radios sur le négatoscope près du lit. « Tes radios sont bonnes. Est-ce que ta tête te fait mal ? Edward m'a dis que tu t'es cognée assez fort. »
Elle soupira et répondit de nouveau « Je vais bien », mais cette fois l'impatience pouvait s'entendre dans sa voix. Puis, elle lança un regard noir dans ma direction.
Carlisle s'approcha d'elle et fit courir délicatement ses doigts sur son crâne jusqu'à ce qu'il trouve la bosse sous ses cheveux.
Mes défenses s'effondrèrent sous la vague d'émotion qui déferla en moi.
J'avais vu Carlisle travailler sur des humains des centaines de fois. Je l'avais même assisté informellement, il y a quelques années – seulement dans des cas où la présence de sang n'était pas impliqué. Ce n'était donc pas nouveau pour moi, de le voir interagir ainsi avec la fille, comme s'il était aussi humain qu'elle.
J'avais envié sa maîtrise de soi si souvent, mais cette fois ce n'était pas pareil. Je l'enviai d'avantage lui-même que son contrôle. C'était douloureux de voir les différences entre Carlisle et moi – qu'il pouvait l'effleurer, sans peur, en sachant très bien qu'il ne la blesserait jamais.
Elle grimaça, je me crispai alors sur le lit qui me servait de siège. Je dus me concentrer un instant pour garder une position décontractée.
« Douloureux ? » se renseigna Carlisle.
Son menton frémit l'espace d'une seconde. « Pas vraiment, » répondit-elle.
Un autre trait de son caractère se dévoila : elle était courageuse. Elle n'aimait pas montrer ses faiblesses.
Elle était certainement la créature la plus vulnérable qu'il m'ai été donné de rencontrer, et elle ne voulait pas paraître faible. Un léger rictus s'échappa de mes lèvres.
Elle me lança un autre regard.
« Bien, » dit Carlisle. « Ton père est dans la salle d'attente – tu peux rentrer avec lui dès maintenant. Mais reviens si tu as des vertiges ou si tu as des troubles de la vision. »
Son père était là ? J'écoutais les pensées de la salle d'attente qui était bondée mais je n'arrivais pas à entendre son imperceptible voix avant qu'elle ne parle à nouveau, son visage anxieux.
« Je ne peux pas retourner au lycée ?
-Peut-être que tu devrais te reposer aujourd'hui, » suggéra Carlisle.
Elle cligna des yeux dans ma direction. « Et lui il va y retourner ? »
Agir normalement, arranger les choses... Ignorer les émotions que cela engendrait sur moi lorsqu'elle me regardait dans les yeux...
« Quelqu'un doit annoncer la bonne nouvelle de notre survie, dis-je.
-En fait, corrigea Carlisle, la plupart des élèves semblent être dans la salle d'attente. »
Cette fois, j'anticipai sa réaction – son aversion envers l'attention qu'elle pouvait produire. Ce n'était pas décevant.
« Oh non, » gémit-elle alors qu'elle enfouissait son visage entre ses mains.
J'aimais l'idée d'avoir enfin réussi à deviner juste. Je commençais à la comprendre...
« Tu préfères rester ici ? demanda Carlisle.
-Non, non ! » rétorqua-t-elle rapidement, en poussant ses jambes contre le rebord du matelas, se laissant glisser jusqu'à ce que ses pieds touchent le sol. Elle trébucha en avant, déséquilibrée, dans les bras de Carlisle. Il la rattrapa et la retint.
De nouveau, la jalousie déferla en moi.
« Je vais bien, » dit-elle avant qu'il ne pu faire un commentaire alors que ses joues se teintaient légèrement de rose.
Bien sûr, ça ne dérangea pas Carlisle. Il s'assura qu'elle était stable avant d'enlever ses mains.
« Prends de l'aspirine pour la douleur, lui conseilla-t-il.
-Ca ne fait pas si mal. »
Carlisle souriait en signant sa feuille de sortie. « Il semble que tu as eu beaucoup de chance. » Elle tourna légèrement la tête pour me dévisager froidement. « Heureusement qu'Edward se trouvait juste près de moi. »
« Ah oui, c'est vrai, » acquiesça Carlisle, percevant la même chose que moi dans sa voix. Elle n'avait pas mis ses suspicions sur le compte de l'imagination. Enfin, pas encore.
Je te la laisse, pensa Carlisle. Fais ce qui te semble le mieux.
« Merci beaucoup, » soufflai-je rapidement et discrètement. Aucun humain ne pu m'entendre. Les lèvres de Carlisle s'étirèrent en un infime sourire devant mon sarcasme alors qu'il se tournait vers Tyler. « J'ai bien peur que tu doives rester avec nous un peu plus longtemps, » dit-il alors qu'il commençait à examiner les entailles laissés par le pare-brise détruit.
Bien, avec toute la pagaille que j'avais causé, il était normal que je règle tout ça.
Bella marcha délibérément vers moi, ne s'arrêtant que lorsqu'elle fut suffisamment proche de moi. Je me souvins à quel point j'avais espéré, avant tout ce grabuge, qu'elle agisse ainsi... Ce fut comme une parodie de mon souhait.
« Je peux te parler une minute ? » me lança t-elle.
Son souffle chaud frôla mon visage et je du reculer d'un pas. Son charme n'atténua rien. Chaque fois qu'elle était près de moi, tous mes pires et viles instincts se déclenchaient. Le venin inonda ma bouche et mon corps désirait l'attaquer – de l'emprisonner dans mes bras et d'enfoncer mes dents dans sa gorge.
Mon esprit était plus fort que mon corps, mais vraiment de justesse.
« Ton père t'attend, » lui rappelai-je en crispant ma mâchoire.
Elle lança un regard vers Carlisle et Tyler. Ce dernier ne nous prêtait aucune attention, mais Carlisle surveillait ma respiration.
Attention, Edward.
« J'aimerais te parler, en privé, si ça ne te dérange pas, » insista t-elle à voix basse.
Je voulus lui dire que justement, ça ne me dérangeait pas du tout, mais je sus que je de devrais finalement m'abstenir. Je ferais mieux d'en finir avec ça.
J'étais en proie à plein d'émotions contradictoires alors que je sortais de la pièce en écoutant sa démarche maladroite derrière moi, en essayant de garder mon calme.
Je devais jouer la comédie à présent. Je connaissais le rôle que je devais interpréter – j'avais le personnage dans la peau : j'étais le méchant. J'allais mentir, la ridiculiser et être cruel.
Cela allait contre tous mes meilleurs instincts – les humains, ceux que j'avais refoulé pendant toutes ces années. Je n'avais jamais autant voulu mériter la confiance de quelqu'un qu'à cet instant précis, et pourtant j'étais sur le point de ruiner les quelques opportunités qui me restaient.
Ceci rendait la chose encore plus difficile de savoir que ce serait le dernier souvenir qu'elle aurait de moi. C'était ma scène d'adieu.
Je me tournai vers elle.
« Que veux-tu ? » demandai-je froidement
Elle eu un mouvement de recul devant mon hostilité. Son regard devint perplexe, cette expression qui m'avait tant hantée...
« Tu me dois une explication, » dit-elle d'une petite voix alors que sa peau d'ivoire palissait un peu plus.
Ce fut très dur de garder un ton sec. « Je t'ai sauvé la vie – je ne te dois rien du tout. »
Elle tressaillit – cela me brûla comme de l'acide de voir que mes mots la blessèrent.
« Tu m'a promis » murmura t-elle.
« Bella, tu t'es blessée à la tête, tu ne sais pas ce que tu dis. »
Son menton frémit de nouveau. « Ma tête va très bien. »
Elle était en colère à présent, cela allait être plus facile pour moi. Je croisai son regard et rendait mon visage encore moins avenant.
« Qu'attends-tu de moi, Bella ? »
« Je veux la vérité. Je veux savoir pourquoi je mens pour toi. »
Ce qu'elle voulait était raisonnable – cela me frustra de la contredire.
« Que crois-tu qu'il se soit passé ? » grondai-je presque.
Ses mots se déversèrent en moi comme un torrent. « Tout ce que je sais c'est que tu n'étais pas près de moi – Tyler ne t'a pas vu non plus alors ne me dis pas que c'est parce que je me suis cognée la tête trop fort. Ce van allait nous écraser tous les deux et pourtant il ne s'est rien passé, tes mains ont laissé une empreinte dessus – et une autre dans l'autre voiture et ça ne t'a même pas blessé... en plus le van aurait du détruire mes jambes, mais tu l'as soulevé et.. » soudainement, elle serra les dents et ses yeux se remplirent de larmes.
Je la fixai, mon expression était moqueuse, pourtant ce que je ressentais était de la crainte : elle avait tout vu.
« Tu crois vraiment que j'ai réussi à soulever une voiture ? » demandais-je d'un ton sarcastique.
Elle acquiesça d'un signe de tête.
Ma voix devint encore plus railleuse. « Personne ne va te croire, tu sais. »
Elle fit un effort pour contrôler sa colère. Quand elle répondit, elle pesa chacun de ses mots. « Je ne vais le dire à personne. »
Elle disait vrai – je le voyais dans ses yeux. Même furieuse et trahie, elle garderait mon secret.
Pourquoi ?
Le choc de cette annonce ruina, l'espace d'une demi seconde, l'effort que j'avais fais pour avoir une expression résigné et prudente, puis je me repris.
« Alors, quelle importance ? demandais-je en tentant de garder une voix sévère.
-Ca en a pour moi, répondit-elle automatiquement. Je n'aime pas mentir – donc il doit y avoir une bonne raison pour que je le fasse. »
Elle me demandait de lui faire confiance. Autant que je voulais qu'elle me fasse confiance. Mais c'était une étape que je ne devais pas franchir.
Ma voix resta dure. « Ne peux-tu pas simplement me remercier et passer à autre chose ? »
« Merci, dit-elle avant de fulminer en silence, attendant.
-Tu ne vas pas laisser tomber, n'est-ce pas ?
-Non.
« Dans ce cas... » je ne pouvais pas lui dire la vérité même si je le voulais, et je ne le voulais pas. Je préférais qu'elle invente sa propre histoire plutôt qu'elle sache ce que j'étais parce que rien ne pouvait être pire que la vérité – J'étais un cauchemar vivant, sorti tout droit d'un roman d'épouvante. « ...j'espère que tu aimes les déceptions. »
Nous nous fusillâmes du regard. C'était étrange comme son irritation était adorable. Comme un petit chaton en colère, totalement ignorant de sa propre vulnérabilité.
Ses joues devinrent roses alors qu'elle serra les dents encore une fois. « Pourquoi as-tu pris cette peine alors ? »
Sa question n'était pas l'une de celles à laquelle je m'étais attendu ou à laquelle je m'étais préparé à répondre. Je perdis le fil de mon rôle. Je sentais mon masque glisser de mon visage alors que je lui dis, cette fois, la vérité.
« Je ne sais pas. »
Je mémorisai son visage une dernière fois – il était toujours marqué par la colère, le sang ne s'était pas encore estompé de ses joues – puis je me tournai et m'éloignai d'elle.
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# Posté le lundi 22 juin 2009 17:32

Midnight Sun : 4eme chapitre

VISIONS

Je revins à l'école. C'était la meilleure chose à faire, la façon d'agir la plus discrète.
A la fin de la journée, tous les autres étudiants étaient également retournés en classe. Il y avait simplement Tyler et Bella et quelques autres – qui se servaient probablement de l'accident pour sécher – qui demeuraient absents.
Ça ne devrait pas être si dur pour moi de faire ce qu'il fallait faire. Mais, toute l'après-midi, j'avais serré les dents pour combattre l'envie de sécher aussi – pour aller retrouver la fille.
Comme un fan. Un fan obsessionnel. Un fan obsessionnel et vampire.
L'école, aujourd'hui, était – si ce fut possible – encore plus ennuyeuse que ça semblait l'être il y a une semaine. Comme un coma. C'était comme si les couleurs s'étaient écoulées des briques, des arbres, du ciel, des visages autour de moi... Je fixais les craquelures dans les murs.
Il y avait un autre bon choix que je devrais faire... et que je ne faisais pas. Bien sûr, c'était aussi un mauvais choix. Cela dépendait du point de vue.
Du point de vue d'un Cullen – pas simplement un vampire, un Cullen, quelqu'un qui appartenait à une famille, chose si rare dans notre monde – la bonne chose à faire aurait été quelque chose comme ça :
« Je suis surpris de te voir en classe, Edward. J'ai entendu dire que tu étais impliqué dans cet horrible accident ce matin.
- Oui, c'est le cas, M. Banner, mais je fus le plus chanceux. » Un sourire amical. « Je n'ai pas du tout été blessé... J'aimerais en dire autant pour Tyler et Bella.
-Comment vont-ils ?
- Je crois que Tyler va bien... simplement quelques écorchures superficielles à cause des morceaux de verres. Mais je ne suis pas sûr pour Bella. » Un froncement de sourcil inquiet. « Elle a peut-être une commotion. J'ai entendu dire qu'elle a été incohérente pendant un moment, elle voyait même des choses. Je sais que les docteurs étaient inquiets... »
C'est ce qui aurait dû se passer. Je devais ça à ma famille.
« Je suis surpris de te voir en classe, Edward. J'ai entendu dire que tu étais impliqué dans cet horrible accident ce matin.
- Je n'ai pas été blessé. » Aucun sourire.
M. Banner se balançait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.
« Sais-tu comment vont Tyler Crowley et Bella Swan ? J'ai entendu parler de blessures... »
J'haussai les épaules.
« Je ne saurais pas vous dire. »
M. Banner s'éclaircit la gorge. « Hum, bien... » dit-il, mon regard froid rendant sa voix un peu tendue.
Il regagna rapidement le devant de la classe et commença son cours.
C'était le mauvais choix. A moins que vous n'observiez d'un obscure point de vue.
Cela semblait si... si peu courtois de diffamer cette fille derrière son dos, surtout quand elle se montrait plus digne de confiance que je n'aurais pu espérer. Elle n'avait rien dit pour me trahir, en ayant pourtant de bonnes raisons de le faire. La trahirais-je alors qu'elle n'a rien fait d'autre que garder mon secret ?
J'eus une conversation quasiment identique avec Mrs Goff – simplement en espagnol à la place de l'anglais – et Emmett me regarda longuement.
J'espère que tu as une bonne explication pour ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Rose est d'une humeur massacrante.
Je roulais les yeux sans le regarder.
J'étais en fait parvenu à une explication parfaite. Supposons simplement que je n'ai rien fait pour empêcher le van d'écraser la fille... J'éloignais cette pensée. Mais si elle avait été touchée, si elle avait été mutilée, si elle avait saigné, le liquide rouge s'écoulant, se gaspillant sur le bitume, l'odeur du sang frais dans l'air...
Je frissonnai de nouveau, mais pas seulement d'horreur. Une part de moi frissonnais de désir. Non, je n'aurais pas été capable de la regarder saigner sans nous exposer d'une manière beaucoup plus flagrante et choquante.
C'était une excuse parfaite... mais je ne l'utiliserais pas. C'était trop honteux.
Et je n'avais pensé à ça que longtemps après les faits.
Surveille Jasper, continua Emmett, inconscient de ma rêverie. Il n'est pas autant en colère... mais il est plus résolu.
Je vis ce qu'il voulait dire, et pendant un moment la pièce tourna autour de moi. Ma colère me consumait tant qu'un brouillard rouge brouilla ma vue. J'ai cru que j'allais étouffer.
BON SANG EDWARD ! CONTRÔLE TOI ! Me hurla Emmett dans sa tête. Sa main se posa sur mon épaule, me maintenant sur mon siège avant que je ne puisse sauter sur mes pieds. Il utilisais rarement sa pleine puissance – il en avait rarement besoin, puisqu'il était beaucoup plus fort qu'aucun vampire qu'aucun de nous n'ait jamais rencontré – mais il l'utilisait maintenant. Il agrippait mon bras, plutôt que de me pousser. S'il avait poussé, la chaise sur laquelle je me trouvais se serait effondrée.
CALME TOI ! Ordonna-t-il.
J'essayais de me calmer, mais c'était difficile. La rage brûlait dans ma tête.
Jasper ne va rien faire tant qu'on aura pas tous parler. Je pensais juste que tu voudrais connaître sa position.
Je me concentrais pour me relaxer, et je sentis la poigne d'Emmett se relâcher.
Essaye de ne pas te donner plus en spectacle. Tu as assez de problèmes comme ça.
Je pris une grande inspiration et Emmett me lâcha.
Je regardais machinalement autour de moi dans la salle, mais notre confrontation avait été si brève et silencieuse que seulement quelques personnes assises derrière Emmett avait remarqué. Personne ne savait quoi faire de ça, et ils l'ignorèrent. Les Cullen étaient bizarres – tout le monde le savait déjà.
Bon sang, gamin, t'es pas bien. Ajouta Emmett, de la compassion dans son ton.
« Mords-moi. » marmonnais-je dans ma barbe, et j'entendis son rire.
Emmett n'était pas rancunier, et je devrais probablement être plus reconnaissant pour sa bonne nature. Mais je pouvais voir que les intentions de Jasper avaient du sens pour Emmett, qu'il considérait à quel point ceci pourrait être le meilleur moyen d'en finir.
Je bouillonnais de rage, pouvant à peine me contrôler. Oui, Emmett était plus fort que moi, mais il ne m'avais pas encore battu au combat au corps à corps. Il prétendait que c'était parce que j'avais triché, mais entendre ses pensées faisant autant partie de moi que sa force faisait partie de lui. Nous étions à égalité dans un combat.
Un combat ? Où est-ce que tout ça menait ? Allais-je combattre ma famille pour une humaine que je connaissais à peine ?
J'y réfléchissais pendant un moment, pensant à la sensation fragile du corps de la fille dans mes bras en juxtaposition avec Jasper, Rose, et Emmett – surnaturellement forts et rapides, des machines à tuer par nature...
Oui, je me battrais pour elle. Contre ma famille. Je frissonnai.
Mais ce n'était pas juste de la laisser sans défense quand j'étais celui qui l'avait mise en danger.
Je ne pouvais pas gagner seul, cependant, pas contre eux trois, et je me demandais qui seraient mes alliés.
Carlisle, certainement. Il ne combattrait personne, mais il serait entièrement contre les desseins de Rose et Jasper. Ce serait peut-être tout ce dont j'aurais besoin. Je verrais...
Esmée, j'étais indécis. Elle ne se mettrait pas contre moi non plus, et elle détesterait être en désaccord avec Carlisle, mais elle serait pour n'importe quel plan qui garderait la famille intacte. Sa priorité ne serait pas la justesse, mais moi. Si Carlisle était l'âme de la famille, alors Esmée en était le coeur. Il nous donnait un meneur qui méritait qu'on le suive; elle en faisait un acte d'amour. On s'aimait tous – même avec la fureur que je ressentais envers Jasper et Rose en ce moment, même en planifiant de les combattre pour sauver la fille, je savais que je les aimais.
Alice... je n'en avais aucune idée. Ça devait dépendre de ce qu'elle allait voir venir. Elle se mettrait du côté du gagnant, j'imagine.
Donc, je devrais faire ça sans aide. Je n'étais pas à la hauteur face à eux tous, mais je n'allais pas laisser la fille se faire blesser par ma faute. Ce qui signifierait une man½uvre d'évitement...
Ma rage s'atténua un peu avec mon humeur sombre soudaine. Je pouvais imaginer comment la fille allait réagir quand je l'enlèverai. Bien sûr, j'avais rarement raison quant à ses réactions – mais quelle réaction autre que la terreur pourrait-elle avoir ?
Je n'étais certain de la manière d'y parvenir cependant – l'enlever. Je ne serais pas capable de rester près d'elle très longtemps. Peut-être que je la ramènerai simplement chez sa mère. Même rien que ça, ce serait trop dangereux. Pour elle.
Et aussi pour moi, réalisai-je subitement. Si jamais je la tuais par accident... Je n'étais pas certain de la peine que cela me causerait, mais je sus que ce serait complexe et intense.
Le temps passait rapidement alors que je réfléchissais à toutes les complications qui m'attendaient : la dispute qui m'attendait à la maison, le conflit avec ma famille, la route que je serais forcé de faire ensuite...
Eh bien, je ne pouvais plus me plaindre que la vie en dehors de cette école était monotone. Cette fille avait changé ça.
Emmett et moi marchions silencieusement vers la voiture quand la sonnerie retentit. Il s'inquiétait à propos de moi, et de Rosalie. Il savait quel parti il devrait prendre dans une dispute, et ça l'embêtait.
Les autres nous attendaient dans la voiture, aussi silencieux. Nous étions un groupe très discret. Seul moi pouvait entendre les cris.
Idiot ! Lunatique ! Crétin ! Imbécile ! Espèce d'égoïste stupide et irresponsable ! Rosalie gardait un flot constant d'insultes dans sa tête. C'était alors difficile d'entendre les autres, mais je l'ignorais du mieux que je le pouvais.
Emmett avait raison à propos de Jasper. Il était certain de sa ligne de conduite.
Alice était troublée, s'inquiétant pour Jasper, jetant des coups d'½il à des images du futur. Peu importait la direction par laquelle Jasper allait à la fille, Alice me voyait là, le bloquant. Intéressant... Ni Rosalie ni Emmett n'étaient avec lui dans ses visions. Donc Jasper projetait de travailler seul. Cela égaliserait les choses.
Jasper était le meilleur, certainement le plus expérimenté des combattants parmi nous. Mon seul avantage était que je pouvais entendre ses mouvements avant qu'il ne les fasse.
Je ne m'étais jamais battu autrement que pour s'amuser avec Emmett ou Jasper – faisant simplement les idiots. Je me sentais mal à la simple idée de blesser Jasper...
Non, pas ça. Juste le bloquer. C'était tout.
Je me concentrais sur Alice, mémorisant les différentes voies d'attaque de Jasper.
Alors ses visions changèrent, s'éloignant de plus en plus de la maison des Swan. Je lui coupais la route plus tôt...
Arrête ça, Edward ! Ça ne peut pas se passer comme ça. Je l'en empêcherai.
Je ne lui répondis pas, je continuais simplement de regarder.
Elle commença à chercher plus loin, dans le monde brumeux, incertain de lointaines possibilités. Tout était sombre et vague.
Tout le long de la route vers la maison, le silence chargé ne s'évanouit pas. Je me garais dans le grand garage de la maison; la Mercedes de Carlisle était là, à côté de la grosse Jeep d'Emmett, la M3 de Rose et ma Vanquish. J'étais heureux que Carlisle soit déjà à la maison – ce silence allait terminer en explosion, et je le voulais présent quand ça arriverait.
Nous nous dirigeâmes directement vers la salle à manger.
La pièce n'était, bien entendu, jamais utilisée pour son but premier. Mais elle était meublée avec une longue table ovale acajou, entourée de chaises – nous étions scrupuleux sur le fait d'avoir tous les accessoires corrects en place. Carlisle aimait l'utiliser comme une salle de conférence. Dans un groupe avec de telles personnalités fortes et disparates, il était parfois nécessaire de discuter assis, de manière calme.
J'avais le sentiment que cette mise en place n'allait pas aider beaucoup aujourd'hui.
Carlisle s'assit à son fauteuil habituel à l'est de la pièce. Esmée était à ses côtés – ils se tenaient la main par dessus la table.
Les yeux d'Esmée était sur moi, leur profondeur dorée pleine d'inquiétude.
Reste. C'était sa seule pensée.
J'aurais voulu sourire à la femme qui était réellement une mère pour moi, mais je n'avais aucun réconfort à lui apporter maintenant.
Je m'assis de l'autre côté de Carlisle. Esmée étendit son bras autour de Carlisle pour poser sa main libre sur mon épaule. Elle n'avait aucune idée de ce qui allait commencer; elle s'inquiétait juste pour moi.
Carlisle avait une meilleure idée de ce qui allait arriver. Ses lèvres étaient fermement pressées l'une contre l'autre, et son front était plissé. Cette expression paraissait trop âgée pour son visage si jeune.
Alors que tout le monde s'asseyait, je pouvais voir les lignes se dessiner.
Rosalie s'assit directement à l'opposé de Carlisle, à l'autre bout de la longue table. Elle me regardait furieusement, sans jamais détourner les yeux.
Emmett s'assit à côté d'elle, son visage et ses pensées narquoises.
Jasper hésita, puis vint se mettre contre le mur derrière Rosalie, debout. Il était décidé, sans se soucier de l'issue de cette discussion. Je serrais les dents.
Alice fut la dernière à entrer, et ses yeux étaient concentrés sur quelque chose de lointain – le futur, toujours trop vague pour elle pour s'en servir. Sans avoir l'air d'y penser, elle s'assit à côté d'Esmée. Elle frottait son front comme si elle avait un mal de tête. Jasper bougea, mal à l'aise, considérant le fait de la rejoindre, mais il resta à sa place.
Je pris une grande inspiration. J'avais commencé cela – je devrais parler en premier.
« Je suis désolé. » dis-je, regardant d'abord Rose, puis Jasper et Emmett. « Je ne voulais mettre aucun d'entre vous en danger. C'était irréfléchi, et j'endosse toutes les responsabilités pour mon action hâtive. »
Rosalie me fixait de manière sinistre.
« Qu'est-ce que tu veux dire par « endosser toutes les responsabilités » ? Est-ce que tu vas arranger ça ?
- Pas de la façon à laquelle tu penses. » dis-je, essayant de garder ma voix égale et calme. « Je suis disposé à partir maintenant, si c'est le meilleur moyen. » Si je crois que la fille est en sécurité, si je crois qu'aucun d'entre vous ne la touchera, amendais-je dans ma tête.
« Non. » murmura Esmée. « Non, Edward. »
Je tapotais sa main.
« Juste quelques années.
- Esmée a raison. » dit Emmett. « Tu ne peux aller nulle part maintenant. Ça n'aiderait pas, bien au contraire. Nous devons savoir ce que les gens pensent, maintenant plus que jamais.
- Alice captera quoi que ce soit d'important. » contrais-je.
Carlisle secoua la tête.
« Je pense qu'Emmett a raison, Edward. La fille aura plus de chances de parler si tu disparais. C'est à nous tous de partir, ou aucun d'entre nous.
- Elle ne dira rien. » insistais-je rapidement. Rose menaçait d'exploser, et je voulais que ce fait soit exposé d'abord.
« Tu ne connais pas son esprit. » me rappela Carlisle.
« Je le sais bien. Alice, soutiens-moi. »
Alice leva les yeux vers moi avec précaution.
« Je ne peux pas voir ce qui se passera si nous ignorons cela. » Elle jeta un coup d'½il à Rose et Jasper.
Non, elle ne pouvait pas voir ce futur – pas quand Rosalie et Jasper étaient décidés contre le fait d'ignorer cet incident.
La paume de Rosalie s'abattit sur la table d'un coup.
« On ne peut pas laisser à l'humaine une chance de dire quoi que ce soit. Carlisle, tu dois voir ça. Même si nous décidons de tous disparaître, ce n'est pas sûr de laisser des histoires derrière nous. Nous vivons si différemment du reste de notre espèce – tu sais qu'il y en a qui aimerait avoir une excuse pour nous pointer du doigt. Nous devons être plus prudents que n'importe qui !
- Nous avons laissé des rumeurs derrière nous auparavant. » lui rappelai-je.
« Juste des rumeurs et des suspicions, Edward. Pas des témoins et des preuves !
- Des preuves ! » raillai-je.
Mais Jasper acquiesçait, son regard dur.
« Rose- » commença Carlisle.
« Laisse moi finir, Carlisle. Ce n'est pas la peine que ce soit une grosse production. La fille s'est cognée la tête aujourd'hui. Alors peut-être que cette blessure va être plus sérieuse qu'elle n'en a l'air. » Rosalie haussa les épaules. « Chaque mortel va se coucher avec le risque de ne jamais se réveiller. Les autres s'attendent à ce que l'on nettoie derrière nous. Techniquement, ce serait le travail d'Edward, mais manifestement, ça le dépasse. Tu sais que je suis capable de me contrôler. Je ne laisserais aucune preuve derrière moi.
- Oui Rosalie, nous savons tous quel excellent assassin tu es. » grognai-je.
Elle siffla, furieuse.
« Edward, s'il te plait. » dit Carlisle. Puis il se tourna vers Rosalie. « Rosalie, j'ai regardé ailleurs à Rochester parce que je sentais que tu te devais justice. Les hommes que tu as tué t'avaient monstrueusement lésé. Ce n'est pas la même situation. La fille Swan est innocente.
- Ce n'est pas personnel, Carlisle. » dit Rosalie à travers ses dents. « C'est pour tous nos protéger. »
Il y eut un bref moment de silence alors que Carlisle réfléchissait à sa réponse. Quand il hocha la tête, les yeux de Rosalie s'illuminèrent. Elle aurait dû savoir mieux que ça. Même si je n'avais pas été capable de lire ses pensées, j'aurais pu anticiper ses prochains mots. Carlisle ne transigeait jamais.
« Je sais que tu as de bonnes intentions, Rosalie, mais... j'aimerais vraiment que notre famille vaille la peine d'être protégée. Les occasionnels... accidents ou failles dans notre contrôle, sont une part regrettable de qui nous sommes. » C'était tout à fait lui de s'inclure dans le pluriel, alors qu'il n'avait jamais eu de telle faille lui-même. « Assassiner une enfant irrépréhensible de sang froid est une tout autre chose. J'ai conscience du risque qu'elle représente, qu'elle parle de ses suspicions ou non, n'est rien comparé au plus grand des risques. Si nous faisons des exceptions pour nous protéger, nous risquons quelque chose de beaucoup plus important. Nous risquons de perdre l'essence même de qui nous sommes. »
Je contrôlais mon expression avec précaution. Ça ne se ferait pas de sourire. Ou d'applaudir, autant que je le souhaiterais.
Rosalie se renfrogna.
« C'est être tout simplement irresponsable.
- C'est être dur. » corrigea gentiment Carlisle. « Chaque vie est précieuse. »
Rosalie soupira longuement et fit la moue. Emmett tapota son épaule.
« Tout ira bien, Rose. » encouragea-t-il à voix basse.
« La question est, » continua Carlisle. « devons-nous partir ? »
« Non. » marmonna Rosalie. « On vient juste de s'installer. Je ne veux pas recommencer ma dernière année de lycée !
- Vous pourriez garder votre âge actuel, évidemment. » dit Carlisle.
« Et devoir encore partir plus tôt ? » contra-t-elle.
Carlisle haussa les épaules.
« J'aime bien cet endroit ! Il y a si peu de soleil, nous sommes presque devenus normaux.
- Eh bien, nous n'avons certainement pas à décider cela maintenant. Nous pouvons attendre de voir si cela devient nécessaire. Edward a l'air certain du silence de la fille Swan. »
Rosalie ricana.
Mais je ne m'inquiétais plus à propos de Rose. Je pouvais voir qu'elle allait suivre la décision de Carlisle, peu importait à quel point elle était furieuse contre moi. Leur conversation avait déviée sur des détails peu importants.
Jasper restait immobile.
Je comprenais pourquoi. Avant qu'Alice et lui ne se rencontre, il avait vécu dans une zone de combat, un incessant théâtre de guerre. Il connaissait les conséquences de passer outre les règles – il avait vu les sinistres répercussions de ses propres yeux.
Cela en disait beaucoup qu'il n'ait pas essayé de calmer Rosalie avec ses facultés, ou qu'il n'essayait pas de l'énerver à présent. Il se tenait à l'écart de cette discussion – en dessus.
« Jasper. » dis-je.
Il croisa mon regard, son visage inexpressif.
« Elle ne payera pas pour mon erreur. Je ne le permettrai pas. »
« Elle en bénéficie, alors ? Elle aurait dû mourir aujourd'hui, Edward. Je remettrais simplement les choses dans l'ordre. »
Je répétais, accentuant chaque mot.
« Je ne le permettrai pas. »
Il haussa les sourcils. Il ne s'attendait pas à ça – il n'avait pas imaginé que je l'arrêterais.
Il secoua la tête.
« Je ne laisserai pas Alice vivre dans le danger, même un danger léger. Tu ne ressens pour personne ce que je ressens pour elle, Edward, et tu n'as pas vécu ce que j'ai vécu, que tu aies vu mes souvenirs ou non. Tu ne comprends pas.
- Je ne discute pas cela, Jasper. Mais je te le dis, je ne te permettrai pas de faire du mal à Isabella Swan. »
Nous nous fixâmes – pas d'un regard noir, mais évaluant l'opposition. Je le sentis tester mon humeur, évaluant ma détermination.
« Jazz. » dit Alice, nous interrompant.
Il maintint mon regard pendant un moment, puis la regarda.
« Ne t'embête pas à me dire que tu peux te protéger toi-même, Alice. Je le sais déjà. Je dois tout de même-
- Ce n'est pas ce que je suis sur le point de dire. » interrompit Alice. « J'allais te demander une faveur. »
Je vis ce qu'il y avait dans sa tête, et ma bouche s'ouvrit bouche bée. Je la fixais, choqué, seulement vaguement conscient que tout le monde à part Alice et Jasper me regardait du coin de l'oeil prudemment.
« Je sais que tu m'aimes. Merci. Mais j'apprécierais réellement si tu n'essayais pas de tuer Bella. Premièrement, Edward est sérieux et je ne veux pas que vous vous battiez. Deuxièmement, elle est mon amie. Du moins, elle va l'être. »
C'était aussi clair que de l'eau de roche dans son esprit : Alice, souriante, avec son bras blanc et gelé autour des épaules chaudes et fragiles. Et Bella était souriante aussi, son bras autour de la taille d'Alice.
La vision était solide comme de la pierre; seul le timing était incertain.
« Mais... Alice... » dit Jasper, soufflé. Je n'arrivais pas à tourner la tête pour voir son expression. Je ne pouvais pas me détacher de l'image dans la tête d'Alice pour entendre ses pensées.
- Je vais l'aimer, un jour, Jazz. Je serais vraiment contrariée si tu ne la laisses pas vivre. »
J'étais toujours bloquée dans les pensées d'Alice. Je voyais le futur scintiller alors que la détermination de Jasper se débattait en dépit de sa requête inattendue.
« Ah... » soupira-t-elle, l'indécision de Jasper avait dévoilé un nouveau futur. « Tu vois ? Bella ne va rien dire. Il n'y a pas à s'inquiéter. »
La façon dont elle avait dit le nom de la fille... comme si elles étaient déjà confidentes...
« Alice... » m'étouffais-je. « Qu'est-ce... que...?
- Je t'ai dit qu'un changement allait arriver. Je ne sais pas, Edward. » Mais elle serra la mâchoire, et je savais qu'il y avait plus. Elle essayait de ne pas y penser; elle se concentrait très fort sur Jasper soudainement, bien qu'il fut trop abasourdi pour avoir réfléchi à une décision.
Elle faisait ça parfois quand elle essayait de me cacher quelque chose.
« Quoi, Alice ? Qu'est-ce que tu caches ? »
J'entendis Emmett marmonner. Il était toujours frustré quand Alice et moi avions ce genre de conversation.
Elle secoua la tête, essayant de ne pas me laisser pénétrer.
« C'est à propos de la fille ? » demandai-je. « C'est à propos de Bella ? »
Sa mâchoire était serrée par la concentration, mais quand je prononçai le nom de Bella, elle laissa échapper quelque chose. Son inattention ne dura qu'une minuscule portion de seconde, mais c'était assez long.
« NON ! » hurlais-je. J'entendis ma chaise tomber sur le sol, et je réalisais seulement que j'étais sur mes pieds.
« Edward ! » Carlisle était debout aussi, son bras sur mon épaule. J'étais à peine conscient de sa présence.
« Ça se consolide. » murmura Alice. « A chaque minute tu es plus décidé. Il y a seulement deux voies pour elle. C'est l'une ou l'autre, Edward. »
Je pouvais voir ce qu'elle voyait... mais je ne pouvais pas l'accepter.
« Non. » dis-je; il n'y avait aucun volume à mon déni. Mes jambes semblaient creuses, et je devais me retenir contre la table.
« Est-ce que quelqu'un voudrait bien nous mettre au courant du mystère, s'il vous plait ? » se plaignit Emmett.
« Je dois partir. » murmurai-je à Alice, l'ignorant.
« Edward, on en a déjà parlé. » dit Emmett. « C'est le meilleur moyen pour que la fille commence à parler. En plus, si tu t'en vas, on ne saura pas si elle parlera ou non. Tu dois rester et t'occuper de ça.
- Je ne te vois aller nulle part, Edward. » me dit Alice. « Je ne sais pas si tu peux partir. » Réfléchis-y, ajouta-t-elle silencieusement. Pense à partir.
Je vis ce qu'elle voulait dire. Oui, l'idée de ne plus jamais revoir la fille était... douloureuse. Mais c'était aussi nécessaire. Je ne pouvais autoriser aucun des futurs auxquels je la condamnais apparemment.
Je suis pas vraiment sûre pour Jasper, Edward, continua Alice. Si tu pars, s'il pense qu'elle est un danger pour nous...
« Je n'y crois pas. » la contrais-je, toujours à moitié conscient de notre audience. Jasper tremblait. Il ne ferait rien qui pourrait blesser Alice.
Pas tout de suite. Risqueras-tu sa vie, la laisseras-tu sans défense ?
« Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? » grognais-je. Ma tête tomba entre mes mains.
Je n'étais pas le protecteur de Bella. Je ne ferai pas ça. Le futur divisé d'Alice n'en n'était-il pas une preuve suffisante ?
Je l'aime aussi. Ou ça va arriver. Ce n'est pas pareil, mais je la veux dans les parages pour ça.
« L'aime aussi ? » murmurai-je, incrédule.
Elle soupira. Tu es tellement aveugle, Edward. Ne vois-tu donc pas où tu te diriges ? Ne vois-tu pas où tu te trouves déjà ? C'est plus inévitable que le soleil se levant à l'est. Vois ce que je vois...
Je secouai la tête, horrifié.
« Non. » J'essayais de ne pas regarder les visions qu'elle me révélait. « Je ne veux pas suivre cette voie. Je vais partir. Je vais changer le futur.
- Tu peux essayer. » dit-elle, du scepticisme dans sa voix.
« Oh allez ! » cria Emmett.
« Prête un peu attention. » lui siffla Rose. « Alice le voit s'éprendre d'une humaine ! Comme c'est classique, Edward ! » Elle fit semblant d'avoir un haut le coeur.
Je l'entendais à peine.
« Quoi ? » dit Emmett, abasourdi. Puis son rire retentissant fit écho dans la pièce. « C'est ça qui se passe ? » Il rit encore. « Pas de chance, Edward. »
Je sentis sa main sur mon épaule, et je la repoussais sans y penser. Je ne pouvais pas lui prêter attention.
« S'éprendre d'une humaine ? » répéta Esmée d'une voix abasourdie. « De la fille qu'il sauvé aujourd'hui ? Tomber amoureux d'elle ?
- Que vois-tu, Alice ? Exactement. » demanda Jasper.
Elle se tourna vers lui; je continuais de la fixer d'un air engourdi.
« Tout dépend s'il est assez fort ou non. Soit il l'a tue lui-même... » Elle se tourna pour croiser mon regard, le sien noir. « ...ce qui m'irriterait vraiment, Edward, sans mentionner ce que ça te ferait à toi. » Elle se tourna à nouveau vers Jasper. « Ou alors elle sera l'une d'entre nous, un jour. »
Quelqu'un hoqueta de surprise; je ne levai pas les yeux pour voir de qui il s'agissait.
« Ça n'arrivera pas ! » Je criai à nouveau. « Aucun des deux ! »
Alice ne sembla pas m'entendre.
« Cela dépend. » répéta-t-elle. « Il est peut-être assez fort pour ne pas la tuer – mais ce sera proche. Cela demandera un sens du contrôle impressionnant. » dit-elle, songeuse. « Encore plus que Carlisle. Peut-être qu'il est juste assez fort... La seule chose pour laquelle il n'est pas assez fort c'est de rester loin d'elle. C'est une cause perdue. »
Je ne pouvais pas retrouver ma voix. Ça semblait être le cas pour tout le monde. La pièce était silencieuse.
Je fixais Alice, et tout le monde me fixait. Je pouvais voir mon expression horrifiée de cinq points de vue différents.
Après un long moment, Carlisle soupira.
« Eh bien, cela... complique les choses.
- Tu l'as dit. » acquiesça Emmett. Sa voix était toujours à la limite du rire. On pouvait faire confiance à Emmett pour trouver quelque chose de drôle dans la destruction de ma vie.
« Je suppose que les plans restent les mêmes, cependant. » dit Carlisle, pensif. « Nous allons rester, et observer. Vraisemblablement, personne ne va... blesser la fille. »
Je me tendais.
« Non ». dit Jasper calmement. « Je suis d'accord. Si Alice ne voit que deux solutions-
- Non ! » Ma voix n'était pas un cri, ou un grognement, ou un cri de désespoir, mais une combinaison des trois. « Non ! »
Je devais partir, pour être loin de leurs pensées – le dégoût suffisant de Rosalie, l'humour d'Emmett, la patience sans fin de Carlisle...
Pire : la confiance d'Alice. La confiance de Jasper en cette confiance.
Pire que tout : La... joie d'Esmée.
Je quittai la pièce. Esmée toucha mon bras alors que je passais, mais je ne prêtais pas attention au geste.
Je courrais avant même d'être sorti de la maison. Je sautais par dessus la rivière d'un bond, et me précipitais vers la forêt. La pluie était de retour, tombant si fort que j'étais trempé en quelques instants. J'aimais ce rideau de pluie, il formait un mur entre le reste du monde et moi. Il m'enfermait, me laissait seul.
Je courrais vers l'est, par dessus et à travers les montagnes sans briser ma course, jusqu'à ce que je vois les lumières de Seattle de l'autre côté. Je m'arrêtai avant de toucher les frontières de la civilisation humaine.
Enfermé par la pluie, seul, je fis finalement face à ce que j'avais fait – à la façon dont j'avais mutilé le futur.
Premièrement, la vision d'Alice et de la fille avec leurs bras enlacés – la confiance et l'amitié était tellement évidente que l'image semblait le crier. Les grands yeux chocolat de Bella n'étaient pas abasourdis dans cette vision, mais toujours remplis de secrets – à ce moment là, cela semblait être des secrets heureux. Elle ne repoussait pas le bras froid d'Alice.
Qu'est-ce que cela signifiait ? Que savait-elle ? A ce moment figé du futur, que pensait-elle de moi ?
Puis l'autre image, tellement identique, cependant teinté d'horreur à présent. Alice et Bella, leurs bras toujours noués en une confiante amitié. Mais maintenant il n'y avait pas de différence entre leurs bras – ils étaient tous deux blancs, lisses comme du marbre, durs comme de l'acier. Les grands yeux de Bella n'étaient plus chocolat. Les iris étaient d'un pourpre vif et choquant. Les secrets entre elles étaient insondables – acceptation ou désolation ? C'était impossible à dire. Son visage était froid et immortel.
Je frissonnai. Je ne pouvais pas réprimer les questions, similaires, mais différentes : Que cela signifiait – comment cela s'était-il produit ? Et que pensait-elle de moi à présent ?
Je pouvais répondre à cette dernière. Si je l'avais forcée à entrer dans cette demi-vie vide à cause de ma faiblesse et de mon égoïsme, elle devait sûrement me détester.
Mais il y avait encore une image terrifiante – pire qu'aucune image que je n'ai jamais eu en tête.
Mes propres yeux, d'un pourpre profond de sang humain, les yeux du monstre. Le corps brisé de Bella entre mes bras, blanc, vidé, sans vie. C'était si concret, si clair.
Je ne pouvais pas supporter de voir ça. Je ne pouvais pas endurer ça. J'essayais de le bannir de mon esprit, de voir autre chose, n'importe quoi d'autre. J'essayais de voir l'expression de son visage vivant qui avait obstrué ma vue pendant le dernier chapitre de mon existence. Sans aucun résultat.
La sombre vision d'Alice emplissait mon esprit, et je me tordais intérieurement d'agonie. Pendant ce temps, le monstre en moi débordait de joie, jubilant à la probabilité de son succès. Cela me rendait malade.
Cela ne pouvait pas être toléré. Il devait y avoir un moyen d'éviter le futur. Je ne laisserais pas les visions d'Alice me diriger. Je pouvais choisir une autre voie. Il y avait toujours un choix.
Il devait y en avoir un.
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# Posté le lundi 22 juin 2009 17:34

Midnight Sun : Droit d auteur

Midnight Sun : Droit d auteur
Cet extrait est la propriété originale de Stephenie Meyer. Rien ne nous appartient, nous ne gagnons pas d'argent en le traduisant. En aucun cas nous n'avons l'intention d'enfreindre le copyright. Nous ne souhaitons que fournir aux fans francophones une possibilité de comprendre ce texte.
Fascination et ses personnages sont la
propriété de Stephenie Meyer,
rien ne nous appartient. Tout droits réservés à Stephenie Meyer.
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# Posté le lundi 22 juin 2009 17:36

Midnight Sun : 5eme chapitre

En cours de traduction, faudra attendre
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# Posté le lundi 22 juin 2009 17:42

Chapitre 1 : Twilight

Chapitre 1 : Twilight
voici les acteurs du premiers chapitre de la saga Twilight.

# Posté le mardi 26 mai 2009 16:02

Modifié le vendredi 29 mai 2009 16:11

Edward Cullen

Edward Cullen
Devant son piano il es tros beau

# Posté le mardi 26 mai 2009 16:06

Modifié le vendredi 29 mai 2009 16:10